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L'école de garçons de Bléré. Carte postale. Début XXe s.
L'école de garçons de Bléré. Carte postale. Début XXe s.
Archives départementales d'Indre-et-Loire. [10 Fi 27-006]©
Diaporama de 4 photos
JUILLET 2012
  • Les "Hollande" en Touraine
L'actualité politique française trouve une résonance particulière dans les archives administratives tourangelles en raison de la présence d'Antoinette et Gustave Hollande, grands-parents du nouveau Président de la République, nommés instituteurs en Indre-et-Loire à la fin de la Première Guerre mondiale.
Le 1er août 1919, à Cognac, le lieutenant Hollande, instituteur évacué du Pas-de-Calais, écrit à l'inspecteur d'académie d'Indre-et-Loire pour solliciter un poste dans ce département pour lui et sa jeune femme Antoinette, qu'il vient d'épouser. Il renouvelle sa demande 10 jours plus tard mais l'obtention de postes, à cette époque, est soumise à la réintégration des instituteurs démobilisés et à l'emploi des réfugiés. Ils obtiennent toutefois satisfaction puisque leur mutation en Indre-et-Loire figure sur les propositions de l'inspecteur d'académie du 20 septembre suivant.

Gustave (Léopold, Henri, Joseph) est né le 3 avril 1893 à Plouvain dans le Pas-de-Calais. Elève à l'école normale primaire d'Arras du 1er octobre 1911 au 30 septembre 1914, il obtient son brevet supérieur en juin 1913 et son certificat de fin d'études normales le 31 juillet 1914. Il complète cette formation, au retour de la guerre, par un certificat d'aptitude professionnel (CAP) passé à Angoulême le 20 novembre 1918.

Durant la Première Guerre mondiale il est lieutenant au 32e régiment d'infanterie. Engagé sous les drapeaux le 20 août 1914, il est démobilisé le 9 juillet 1919 après plusieurs campagnes durant lesquelles son courage et son sang-froid sont remarqués. A ce titre, il est nommé chevalier de la Légion d'honneur par décret du ministre de la Guerre le 5 janvier 1928.

Quand il arrive à Chemillé-sur-Indrois, le 1er octobre 1919, pour prendre son premier poste d'instituteur titulaire à l'école publique de ce petit village de 542 habitants, il a seulement 26 ans et pour simple expérience professionnelle un stage à Réty dans la Somme. Toutefois son premier rapport d'inspection, daté du 27 décembre 1919 le décrit déjà comme "un instituteur intelligent, actif, zélé et très attaché à sa profession" dispensant à ses 28 élèves "un enseignement intéressant, substantiel et éducatif". Cette évaluation de ses compétences ne se modifiera pas au fil des inspections, qui insisteront toujours sur le caractère expérimental que Gustave Hollande donne aux sciences, illustrant ses cours en construisant lui-même de petits appareils de démonstration.

Son épouse Antoinette Patrice a le même âge. Elle est née le 12 juin 1893 à Saint-Léger-de-la-Martinière dans les Deux-Sèvres. Elle suit une formation à l'école normale primaire de Tours en auditrice libre du 1er octobre 1909 au 30 septembre 1912 et y obtient le brevet supérieur en juillet 1911 puis le certificat de fin d'études normales l'année suivante. Elle est titulaire également d'un certificat de sciences physiques, chimiques et naturelles (1913) et d'un CAP (décembre 1915). Elle démarre sa carrière comme intérimaire à Joué-les-Tours avant d'être détachée le 9 octobre 1915 comme déléguée à l'Eéole primaire supérieure de garçons de Pons (Charentes-Maritimes) pour l'enseignement des sciences, où elle est titularisée le 1er janvier 1916. Sa nomination en Indre-et-Loire est facilitée par son appartenance au cadre départemental. Elle prend donc ses fonctions aux côtés de son mari à Chemillé-sur-Indrois à la rentrée scolaire de 1919.
Si dans l'exercice de leur enseignement, Gustave semble exercer une autorité naturelle et sans contraintes, Antoinette est décrite au début de son activité comme un peu timide et manquant de fermeté dans la discipline.

Durant une trentaine d'années, ils vont séjourner dans différentes localités du département au gré de leurs affectations successives.

Dès 1920, l'intérêt pour les sciences pousse Gustave à demander un poste dans une école plus importante et surtout plus proche de Tours afin de se préparer au professorat des sciences appliquées. Il sollicite à cet effet le député Camille Chautemps. Lors des mutations de l'année suivante, ils sont ainsi affectés à l'école spéciale de Chinon, sous-préfecture du département où Gustave continue à faire preuve d'ingéniosité dans l'enseignement des sciences.
Pendant cette affectation Antoinette donne naissance à Cognac, le 9 mai 1923, à un petit garçon, Georges, le père de François Hollande. En raison de la santé précaire de l'enfant, Gustave demande à être nommé à Artannes mais ce poste lui est refusé. En 1924, ils sont mutés à Crouzilles, village du Chinonais de 721 habitants où ils restent jusqu'en 1926 avant d'aller occuper, au 1er octobre, les postes de direction de l'école de garçons de Genillé, commune du sud est tourangeau.

Par arrêté préfectoral du 17 juillet 1928 ils sont affectés ensuite à la direction de l'école primaire de garçons de Bléré où ils s'installent le 1er octobre suivant. Gustave y développe des oeuvres péri et post-scolaires très méritoires : caisse des écoles, cantine scolaire, bibliothèque d'éducation populaire. Il organise des cours professionnels au sein de la société d'éducation populaire qui sont très suivis. Antoinette, qui l'assiste à l'école de garçons, obtient de bons résultats en lecture et en calcul ; elle est décrite lors de l'inspection de 1929 comme active et dévouée à sa classe.

En 1934, ils émettent le voeu d'obtenir une affectation en Seine-et-Oise mais ils retirent leur candidature en septembre et, le 1er octobre, ils prennent leur fonction à l'école de garçons de Langeais, commune de 3441 habitants. Ils y restent jusqu'en 1942 et, durant cette période difficile, Gustave s'active hors de l'école. Il fonde vers la mi-mai 1940, en collaboration avec la soeur d'André Siegfried, propriétaire du château de Langeais, un centre d'accueil pour venir en aide aux réfugiés lors de l'exode des populations du nord et de l'est de la France. Ses élèves y jouent un rôle actif. Il met également sur pied le service de la défense passive dont il démissionne le 31 mai 1940 pour des raisons personnelles.

Ils terminent leur carrière à Saint-Avertin, près de Tours, où ils sont nommés à l'école communale de garçons à la rentrée d'octobre 1942.
Antoinette cesse ses fonctions le 30 septembre 1948 et Gustave fait valoir ses droits à la retraite à partir du 1er octobre 1950. Il a alors 57 ans et un peu plus de 38 ans de carrière.

[Ces renseignements sont extraits des archives relatives aux mouvements de personnels classés en série T pour la période antérieure à 1940 (cotes provisoires : T 954-955, T 1612) et des dossiers individuels des instituteurs conservés en série W (1435 W 48, 51). Ces derniers sont classés par date de cessation d'activité, hommes et femmes confondus, ceux des femmes mariées étant à rechercher à leur nom d'épouse.]

Régine Malveau, Chargée d'études documentaires aux Archives départementales d'Indre-et-Loire

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