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Micberth et la Jeune Force Poétique Française

 

Les Archives départementales d'Indre-et-Loire viennent de rendre accessible au public le fonds 237 J qui regroupe des brochures, principalement de poésie, de la Jeune Force Poétique Française, dite JFPF, organisme créé à Tours en 1963 par Micberth et qui a fortement marqué de son empreinte la vie culturelle tourangelle pendant une dizaine d'années. Mais qui sont Micberth et la JFPF ?

 

La fondation de la Jeune Force Poétique Française

 

            Né à Tours le 12 août 1945, Michel-Georges Berthe lance, en 1958, le Mouvement Jeunesses Révolutionnaires Gaullistes. En classe de 4e, il est renvoyé pour indiscipline du lycée Paul-Louis Courier. Il réside alors rue Boileau-Despréaux. Il entre en octobre 1960 à l'école de décoration et de publicité d'art René Brassart à Tours. Il y étudie puis anime des activités artistiques jusqu'en 1963. En mai 1962, avec un groupe d'étudiants de Brassard, il crée la revue CHOC, considéré comme le premier fanzine français, puis, en janvier 1963, la revue Publichoc qui n'aura qu'un seul numéro. Michel-Georges Berthe qui prend le nom de Micberth (ou Mic Berthe ou Mic Berth selon les époques) dit écrire des poèmes depuis 1951 : « dans ma petite chambre d'étudiant, l'année 1963 donna le jour au libéralisme poétique. J'écrivais depuis une douzaine d'année des poèmes » (Mic Berth, le Libéralisme poétique, 1965).

 

En décembre 1963, avec sa compagne Anick Fournier, il vient habiter 33 rue Bernard Palissy, lieu de bohème mythique de la jeunesse artistique et littéraire de Tours : « Ils ne possédaient rien, ils mangeaient peu, ils étaient maigres, heureux, insouciants, ils débordaient de projets. Ils voulaient vivre jusqu'au bout l'amour et la poésie[...]. L'ambiance de l'appartement est intime, vibrante, étrange : c'est celle d'une fête silencieuse, brûlante et païenne, dans laquelle le premier homme et la première femme du monde sèment les jalons d'un univers futur [...]. Une vie étrange, bavarde, colorée, extravagante s'organise autour de Micb et d'Annick, rue Bernard Palissy. Tous ceux qui n'y avaient fait que de brèves apparitions jusqu'à présent, ou qui n'y étaient pas encore venus, retenus par un sentiment de pudeur, de timidité, s'enhardissent à grimper les deux étages, à respirer de plus près cette haleine flamboyante de l'amour, à goûter toute cette fièvre, toute cette force, tous ces prestiges nus, déployés [...].Il arrive fréquemment à Micberth de parler plus de dix heures de suite [...]. Dans une ambiance prenante, faite de recueillement et d'intensité [...], le fondateur de la JFPF se révèle avant tout un professeur de vie, un chantre de l'expérience, un incitateur à l'acte. Les adolescents retiennent leur souffle : il y a la gravité et la hauteur des propos tenus, mais aussi le sentiment qu'ils éprouvent de participer -ne serait-ce que fugitivement - à des moments essentiels, privilégiés, d'une existence étonnante, et de pénétrer dans un monde où chaque instant est chargé d'émotion, d'humour, de tendresse et de beauté. Aucun doute possible ; on vit en poésie rue Bernard Palissy ». (Regards sur Micberth, n°2, 1988).

 

Ce groupe qui va marquer fortement de son empreinte la vie culturelle tourangelle pendant une dizaine d'années déclare officiellement, en juin 1964, à la préfecture d'Indre-et-Loire l'association Jeune Force Poétique Française. Cette association a pour but « d'aider moralement et matériellement les poètes, afin de rendre à la poésie la place qui lui est due ». Louis Aragon en est l'un des membres d'honneur. À vocation nationale et internationale, l'association aura des représentants dans plus de trente pays.

 

1er numéro de la revue de la Jeune Force Poétique Française. Juin 1965.

 

 

Parmi les membres de cette association, citons les tourangeaux Daniel Decrauze, Maryse Bessière-Decrauze, Gilles Cormery (1950-1999, né à Saint-Symphorien, poète et peintre, dont une rétrospective de son oeuvre a eu lieu au château de Tours en 2012), Jean-Michel Varenne, Jean-Louis Bessière, Maryvonne Laparlière, Béatrice Deruyver, Jean-Michel Dion, Patrick Collet (metteur en scène). Yves Boulay (principal adjoint de Micberth, directeur des services techniques de la JFPF devient éditeur et directeur de collection chez Calmann-Lévy en 1988). Bernard Deyriès , étudiant, puis professeur et directeur à l'école Brassart, deviendra un dessinateur reconnu de films d'animation, dont Ulysse 31 en 1979. Gérard Lecha (chroniqueur pamphlétaire à Actual-hebdo, au Le Monde libertaire, à l'Union Pacifiste), Alain Camille (Alain Fournier dit Alain Camille dit ADG) qui fut l'un des principaux collaborateurs de le JFPF avant de devenir un auteur phare de la Série noire chez Gallimard chez lequel il publie en 1971 son premier livre La Divine surprise. Né à Tours en 1947, décédé en 2004 et inhumé à Véretz, ADG sera proche de l'extrême-droite et du Front national. Dans ses romans, soit l'action se déroule en Touraine, soit un personnage se revendique tourangeau. Gravite aussi, autour de Micberth, entre autres, le futur cinéaste Patrice Leconte (né en 1947, Leconte, ami de Deyriès au service cinéma de la JFPF, passe son enfance à Tours où il tourne ses premiers petits films à 15 ans avant de partir à Paris. Plusieurs de ses dessins seront publiés dans les revues de la JFPF, par exemple dans le numéro 2 de Secousses, 1967).

 

Poème de Michel Reboux. Illustration de Bernard Deyries.1967.[ADIL,237J10]

 

 Illustration de Bernard Deyries. Poème de Michel Reboux. 1967.

....Tu viens,

C'est comme une musique dans mon coeur

Tu viens,en portant sur ton front l'étendard du bonheur

Et même la pluie me parait un poème

Et je me perds en Toi

En toi que j'aime. [1ère strophe du poème] 

            Le groupe ou la communauté, par ses textes publiés dans diverses publications, va vite acquérir une grande notoriété. D'avril à octobre 1964, la JFPF fera des lectures de poésie sur Europe 1 dans les émissions de Rendez-vous aux Champs Élysées de Vonny et Robert Willar. Puis publie Antho JFPF 64 (aux éditions Publichoc, 49 rue Traversière à Tours) à 3000 exemplaires qui regroupe les textes de 52 jeunes poètes inconnus. Le 8 novembre 1964, la JFPF donne un spectacle poétique à Tours. Micberth se marie à Tours le 23 novembre 1964 avec Anick.

 

            La Nouvelle République relate, le 11 décembre 1964, l'activité de la JFPF : « Des projets ? Ils en ont bien sûr et en quantité. Mic Berthe, « l'idole » de ces jeunes « fans » - qui porte une abondante chevelure laissée à l'abandon...avec beaucoup de soins et qui cache presque honteusement une grande sensibilité sous une apparence récalcitrante - nous en a révélés quelques-uns ».

 

            Le début de l'année 1965 voit la création des Presses JFPF dont le siège social est situé 9 rue des Docks à Tours dans un local prêté par la municipalité dirigée par Jean Royer. Micberth y publie son manifeste Le libéralisme poétique (Tours, presses JFPF, 1965, 14 pages) dans lequel il exprime son souci de créer, chez l'homme, les conditions les plus favorable à son réel épanouissement. En juin 1965 est publié le n°1 de La Force, revue générale d'information de la JFPF aux éditions Publichoc, rue Traversière à Tours.

Au début de l'année 1967, la JFPF et les éditions Mic Berthe s'installent 24 bis rue Roger Salengro à Tours. En1967, les éditions Mic Berthe vont y publier plusieurs revues de poésie, toujours ornées d'illustrations : La Nouvelle Force, Secousses, Crécelles, Deci-Dela.

 

Deci-Dela. Poèmes de Marguerite di-Lélio-Secchi.1967.[237J4]

 

 

En 1967, Micberth lance à Tours le mouvement autobusiaque, nouvelle facture poétique et nouveau mode d'expression théâtrale, qui « implique à la fois un nouveau mode d'appréhension du monde et une conception particulièrement stimulante de l'être » (Regards sur Micberth, n°2, 1988).

Fin 1967-début 1968, le service de spectacle JFPF organise à Tours des manifestations parathéâtrales-poético-politiques, les dégagements autobusiaques qui veulent provoquer une rupture avec la bourgeoisie tourangelle. Les spectacles autobusiaques se déroulent généralement Au Caveau, rue de la Scellerie : « Pleins feux sur Daniel Decrauze, dégagement autobusiaque, mise en scène par Micberth », « Plein feux sur Alain Camille », « Spectacle Lecha ». Alain Camille présente ainsi ce dernier spectacle : « S'appuyant sur les théories psychanalytiques de Micberth et rejoignant par-là les théories du Happening de Jean-Jacques Lebel et du Living Theatre, le service de poésie expérimentale de la JFPF nous offrira un spectacle d'art total. Ce « Pleins Feux » n'a donc de valeur qu'en tant que dégagement expérimental. Enchevêtrés, poussés à l'extrême, les gimmicks érotiques, les gags intellectuels et bien sûr, la poésie autobusiaque et libéraliste sont autant de pierres de touche à un complet déconditionnement du spectateur. Spectateur que les autobusiaques veulent participant partiel en tant que sujet à expérience et qui doit être complice et consentant ». Ces expériences témoignent du besoin de réaction de l'artiste face au conformisme. Le théâtre autobusiaque sera analysé, en 1992, par Gérard Lecha dans un ouvrage intitulé Micbeth et le théâtre en question avec les dégagements autobusiaques (Res Universis, 1992).

 

« Micberth stigmatise cet univers réifié de l'efficacité et de la rentabilité, et cela non seulement par la parole et par l'écrit - ou en montant des spectacles - mais en appliquant des principes inverses dans son existence même ». « Le surgissement d'une jeunesse libre et active et le désir -général- d'un renouveau politique et culturel, apparaissent donc clairement dans les réalisations de la JFPF [...]. Quand on évoque ces années tumultueuses, et leurs conséquences sociopolitiques, on ne souligne pas assez l'influence globale qu'elles eurent sur la société française : le renforcement d'un esprit critique, offensif, dans les différents secteurs professionnels, le souci accru de la responsabilité individuelle, certains parfums libertaires, et une distance prise à l'égard des formations syndicales et politiques traductionnelles ne furent pas le fruit du hasard : la Jeune Force poétique française dont les créateurs furent de véritables pionniers » (Regards sur Micberth, n°1, 1987).

 

 

 

 

La turbulence de 1968 et la mesnie micberthienne

 

 

            Le quotidien La Nouvelle République du 28 février 1968 annonce une conférence de Micberth « 20 siècles de poésie autobusiaque » salle Balzac à Tours: « Dans cette conférence, outre la déclaration du manifeste autobusiaque, Mic Berthe devait annoncer la création d'un nouvel organisme qui, dans l'esprit de la JFPF et malgré qu'il en soit indépendant, oriente les forces des jeunes hommes vers une activité militante : Révolution 70 ». Gérard Lecha, dans sa thèse, L'aventure de la Jeune Force Poétique Française (étude microsociologique sur une secte de marginaux) ou/et Micberth et l'aventure de la J.F.P.F. dans la région de Tours de 1963 à 1970 (personnalité et phénomène anomiques), radioscopie psycho-sociologique (thèse soutenue en décembre 1978 à l'université Paris VII), indique que « seul [ce] très court article [...] peut aujourd'hui apporter la preuve que Micberth avait eu l'intuition dès le début de l'année 1968 que « quelque chose » devait nécessairement se passer en France dans un temps prochain ». En effet, pendant les événements de mai 68, Micberth et la JFPF tentent de s'associer avec les étudiants. Les 12, 19, 26 mai et 2 juin 1968, quatre numéros de Révolution 70, hebdomadaire gratuit, véritables tracts incendiaires, dont le slogan « l'apolitisme pour la révolution des consciences » s'affiche en première page, est distribué à Tours. Le n°1, dont le rédacteur en chef est Alain Camille, apporte son soutien critique aux étudiants en lutte.

 

En cette année 1968, Micberth, en compagnie d'Alain Camille, vont comparaître devant le tribunal pour coups et blessures contre un assistant de Guy Suarès directeur de la Comédie de la Loire de Tours de 1962 à 1971. Alain Camille, sur cette affaire, écrira : Lettre ouverte à un magistraillon, (édition Mic Berthe, 1969) et « l'étouffe-gueule » dans Révolution 70 (n°5). Ils seront amnistiés en juin 1969 suite à l'élection de Pompidou comme président de la République.

 

Le 17 juillet 1968, la création de l'Institut Mic Berthe, centre d'études et de recherches expérimentales est déclarée à la préfecture d'Indre-et-Loire. Son but : « rechercher et expérimenter de nouvelles bases littéraires, artistiques, scientifiques, pour un devenir mieux adapté aux exigences et aux besoins de l'homme ».

En septembre, la JFPF et le centre d'études et de recherches expérimentales s'installent en communauté au château du Plessis à Limeray. « Il s'agissait pour MG Micberth d'expérimenter collectivement, dans la vie quotidienne, les choix fondamentaux qui étaient les siens depuis plusieurs années et qu'il avait révélés au public sous une forme provocante et critique, dans les « dégagements autobusiaques » : le déconditionnement de l'être par rapport aux critères bourgeois de rentabilité et de réussite sociale, l'affirmation d'une volonté libertaire, l'apologie de l'intelligence et de l'imagination créatrice, la nécessité de ne pas étouffer le jaillissement de la vie [...]. [La société] ne lui fut guère reconnaissante : elle lui dépêcha tout ce qu'elle comptait de gendarmes, de magistrats, d'employés de diverses administrations pour lui rendre la vie difficile, voire impossible [...].  Ce n'étaient pas là les visées d'une école de pensée, mais l'enjeu permanent d'un combat ambitieux qui étaient livrés sur plusieurs fronts : politique, dans l'adoption d'une structure anarcho-aristocratique - dite anarchiste de droite - et dans le refus, assorti de vérifications expérimentales, de la démocratie ; scientifique, grâce (notamment) aux travaux effectués en sexologie ; philosophique, sur les ondes de Radio Sauvage, qui fonctionnait vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et qui était l'organe d'expression du groupe ; social, dans le maintien des éditions Mic Berthe, en dépit des difficultés administratives et économiques ; culturel, avec la poursuite de l'action de la Jeune Force poétique française. Cette lutte globale, menée dans les conditions les plus rudes - hostilité de la population allant parfois jusqu'au blocus économique et jusqu'à l'envoi de commandos armés, tracasseries judiciaires, pression constante de l'autorité publique...-  apparut comme une rébellion caractérisée » (Regards sur Micberth, n°2, 1988).

 

Ebauches. Poésies de Michel Bocquet.Editions Mic Berthe. [ADIL,237J2]

 

                                               Ebauches. 1968.

 

À Limeray, le groupe expérimente plusieurs supports de communication : radiophonique (Radio Sauvage, première radio privée par câble), discographique (la maison Ondoni). Des disques vont y être enregistrés : Disco Formel Expérience n°1. Disque. Antho 67, Disco Formel Expérience n°2. Alain Camille interviewé par Micberth.. Effets sonores de Micberth : « un laboureur qui cause à son grand con de fils » (automne 69). Sans oublier la production de revues et de livres : Forceps, organe de Stigmate-contact, délégation de la JFPF (directeur de publication Gerard Lecha) dont le numéro 1 parait au 2e trimestre 1969, 1000 poètes, ce jour (éditions Mic Berthe, 4e trimestre 1969).

 

 

Le pamphlétaire et l'éditeur

 

            Pour « prouver l'imposture démocratique », Micberth décide de se présenter aux élections présidentielles en juin 1969. Sa candidature est rejetée par le Conseil constitutionnel bien qu'ayant le nombre requis de signatures d'élus.

 

            Le mois de janvier 1970 voit la fin de la JFPF. En mars 1970, Micberth se présente aux élections cantonales à Tours-centre contre Jean Royer, sa femme Anick Berthe à Amboise contre Michel Debré. Leurs professions de foi ne sont pas acceptées par la commission de propagande électorale. Seuls les bulletins de vote sont envoyés aux électeurs. Il obtient 70 voix sur 4676 exprimés, sa femme 56 voix sur 7331 exprimés (Archives départementales, 3 W 371, 373).

 

 

Elections cantonales. Mars 1970. Tours-Centre. 

 

Elections cantonales. Mars 1970. Amboise.

 

 

 

En septembre 1970, Micberth et « la communauté de Limeray » s'installent dans le Berry au château d'Igny, près de Saint-Amand-Montrond et fondent le Centre National de Psychosexologie Normale et Pathologique. La période tourangelle se termine. On peut dater de cette époque la création d'une nouvelle manière de vivre, la mesnie micberthienne, famille affinitaire : « il s'agissait d'étudier les moeurs et les comportements des personnes qui s'étaient engagés à vivre avec lui cette expérience » (François Richard, Micberth ou la vie rebelle, 1982, La Mesnie micberthienne, 1991 et, Micberth, anarchiste de droite, 1992).

Micberth va, en 1971, exercer la profession de psychologue-praticien à l'hôpital psychiatrique de Chezal-Benoît dans le Cher. Mais, surtout, il va se consacrer à une activité de polémiste et de pamphlétaire, à travers des livres et des revues dont Actual-hebdo dont le siège est à Montluçon  (rédacteur Micberth, collaborateur Alain Camille). Créé en 1972, ce journal irrespectueux, provocateur, scatologique, à l'humour noir et vachard cessera de paraître en janvier 1974. Les articles parus dans Actual-hebdo seront repris en 1988 dans Les vociférations d'un Ange bariolé (Res Universalis).

 

Micberth dont ADG, alias Alain Camille, déclare, en 1987, « Micbeth (je pèse mes mots) est l'écrivain le plus important de cette moitié du siècle. Il n'a pas de public ? Tant pis pour les lecteurs ! », figure dans l'« anthologie du pamphlet de la libération à nos jours », à côté de Céline, Léon Daudet, Mauriac, Bloy, publié en septembre 1973 par Le Crapouillot (n°26). Micberth, qui vit au château de Ludaix dans l'Allier et qui se définit comme anarcho-droitiste et se revendique d'une droite révolutionnaire et antirépublicaine, crée, en 1973, une formation politique, la Nouvelle droite française qui veut renverser l'État républicain. Cette formation ne doit pas être confondue avec le club de l'Horloge, appelé Nouvelle Droite, fondée en 1968 et animé par Louis Pauwels et d'Alain de Benoist (né à Saint-Symphorien-Tours en 1943) avec lesquels il polémiquera. Pendant trois mois, il est chroniqueur à Minute (avril 1974), avant de démissionner pour garder sa liberté d'expression. Micberth sera réélu très longtemps directeur du bureau politique de la Nouvelle droite française.

 

            Le 15 août 1974, le château de Ludaix est investi par les forces de l'ordre. Transféré à Paris, écroué à la prison de Fresnes, Micberth est mis en cause dans  «  l'affaire des chèques Pompidou » (Le Monde, 26 août 1974). Une jeune fille employée dans une imprimerie chargée de confectionner les chéquiers de hautes personnalités parvient à s'approprier un chéquier destiné à l'ancien président de la République, Georges Pompidou, et de le montrer à quelques personnes, notamment à Micberth qui devait s'en servir dans le cadre d'une enquête journalistique. Inculpé dans cette affaire de vol et détournement des chèques Pompidou, il est condamné à un an de prison avec sursis pour recel (Nouvelle République des 3, 7, 20 décembre 1975). Micberth en tire un livre  « Pardon de ne pas être mort le 15 août 1974 » (1975) : « mon souci n'a pas été d'offrir au lecteur une oeuvre littéraire, mais le témoignage d'un homme loyal qui se bat pour ses idées, le cri d'un combattant qu'on a voulu assassiner un soir de 15 août dans ce sale pays, la France giscardienne, qui ment, qui vole et qui tue ». Il sera blanchi après plusieurs années de procédure.

            Fin 1974, la mesnie micberthienne se disperse dans différents lieux, Micberth vient résider à Pontlevoy (Loir-et-Cher), à Monnaie dans une ferme au lieu-dit de la Taille Piédor. À Monnaie, le restaurant du Soleil Levant, tenu par un proche, deviendra, vers 1978, un haut lieu de rencontres micberthiennes. Fin 1977, Micberth s'installe au château d'Omiécourt, à Chaulnes dans la Somme.

 

            Micberth donne des interviews et des tribunes libres à la télévision (20 avril 1976, FR3 ; 3 juin 1977, « L'apologie de l'abstention » ; 1979 ; 8 avril 1982, « Prout, caca, boudin ou l'Etat socialo-communiste », FR3). Toutes les émissions de télévision, vivement critiquées, ont été reprises en volume : « Petite somme contre les gentils » (Res Universalis, 1985).

 

            Micberth s'est lancé dans de nombreux projets, entre autres la création de Radio Philalèthe, 1er quotidien privé par téléphone en 1980, la création de Nouvelle Elite Vidéomagazine, 1er vidéomagazine grand public en 1981, la création d'un Laboratoire de microbiologue en 1984. Sans oublier son métier d'éditeur, il crée une maison d'édition, Res Universis, où l'on retrouve des anciens de la JFPF, Catherine Cormery, Loïc de Crauze, Charles Cormery, Sotère Micberth, Bérénice Micberth, Rudyard Micberth. Loïc de Crauze (né à Tours en 1969) qui a passé une partie de son enfance dans la mesnie micberthienne, y va publier son premier recueil Les Boyaux de la Pomme à Guillaume en 1987. Lors de la parution, Le Parisien Libéré qualifiera Loïc de Crauze de « poète mi-ange, mi-démon ».

 

À partir de 1986, les éditions Res Universis de Micberth, situées à Autremont dans l'Aisne où il réside, se consacrent à l'édition de « Monographies des villes et villages de France », plus de 3 000 monographies, souvent des reprints. Il a aussi dirigé la collection « Des faits et des hommes » à l'Office d'édition du livre d'histoire qui a publié La Touraine meurtrie et libérée 1939-1945 de Jean Chauvin.

 

En novembre 1987, le numéro 1 du bimestriel « Regards sur Micberth », est édité par « Les services de recherche du Centre universitaire d'études micberthiennes ». Le n°2 (janvier-février 1988) contient une étude intitulée « Vivre en poésie. Le 33 de la rue Bernard Palissy ». Le directeur de publication est un ami de Micberth, François Richard, docteur de l'université Paris-Sorbonne, qui publie en 1988 L'anarchisme de droite dans la littérature contemporaine (PUF, 241 pages). François Richard considère Micberth « comme le représentant de l'anarchisme de droite actif », à côté de Céline, Drumont, Rebatet, Pauwels, Gobineau, Aymé, Léautaud, Daudet ou Bloy .

La revue  Regards sur Micberth a « pour but d'informer sur les multiples aspects de la pensée et de l'action de M.G. Micberth, sur cette aventure humaine qui est une véritable épopée de ce siècle ; enfin, elle nous offre ce privilège rare de pouvoir évoquer l'un des créateurs les plus importants de ce temps ». Le siège de cette revue est situé à Saint-Julien-sur-Cher près de Mennetou-sur-Cher (Loir-et-Cher).

 

 

            Virulent pamphlétaire, qualifié d'anarchiste de droite, d'homme de l'extrême-droite dans des ouvrages et des articles sur le sujet (citons Le Nouvel Observateur du 16 juin 1980, Le Quotidien de Paris du 17 juillet 1980, Le Monde du 23 novembre 1980, L'écho des savanes en 1985, Les hommes de l'extrême-droite de Allain Rollat, chez Calmann-Lévy, en 1985 ; etc.), Micberth a aussi fait l'objet d'études particulières. Outre les ouvrages déjà cités ci-dessus, nommons Micberth et la pseudomicrocaulie de Gérard Lecha (La mémoire Lige, 1973), Micberth et les années 60 d'Anne Carpentier  (Le livre d'histoire, 1999, repris en poche en 2011), le n°5 de novembre 1990 du Pâle-Ici, journal idiot-actif des Hurons et des Francs-Tireurs, publié par le Cercle Bernard Palissy (responsable Jean-Claude Bessette) qui constitue une documentation utile sur la vie et l'oeuvre de Micberth.

 

            Micberth a fondé de nombreuses revues Choc (1961-1962), Publichoc (1962), La Force (1965), Séquences, Révolution 70, Actual-Mensuel, Actual-hebdo, Révolution droitiste, Plaisir de lire, Nouveau Pal, La lettre de Micberth.  (1984-1985). Il a publié de nombreux livres, pamphlets, essais, poèmes, autobiographies (Repères biographiques, ACFM, 1992), un roman (Le Pieu Chauvache, roman noir, 1989).

On peut retrouver sur Wikipédia et sur un site qui lui est consacré http://micberth.com sa bibliographie, sa vie, son oeuvre.

Michel-Georges Micberth, qui a eu plusieurs enfants de compagnes d'élection, est décédé le 19 mars 2013 dans sa propriété du Marlois, à Autremont dans l'Aisne qu'il a acquise en 1993 avec sa femme Virginie Beaufils-Micberth.

 

            L'oeuvre de Micberth qui a écrit aussi sous de nombreux pseudonymes (Eric Asudam, Freuslon, Mathurin Hémon) reste rattachée à l'anarchisme de droite.

 

 

 

Rédaction du texte : Georges-François Pottier,

Archives départementales d'Indre-et-Loire

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