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Un peintre de la nature, Henri Boisgontier 1851-1941


 

Henri Boisgontier

 

Les journées européennes du patrimoine des 20 et 21 septembre 2014 ont pour thème « Patrimoine culturel, patrimoine naturel ». L'occasion pour les Archives départementales d'Indre-et-Loire de faire découvrir Henri Boisgontier, méconnu et natif d'Indre-et-Loire, peintre de paysage proche de l'école de Barbizon et auteur de planches de botanique de grande qualité.

 

Planche botanique coquelicot

 Dessin d'Henri Boisgontier. Collection Musée du Vivant. AgroParis Tech.

Les Berbéridacées appelées épines-vinette présentent des fleurs jaunes et orangées qui attirent les abeilles. Les Papavéracées regroupent le coquelicot et le pavot. La Chelidoine est réputée efficace contre les verrues.

 

La famille du peintre Boisgontier

            Les premiers renseignements concernant la famille Boisgontier en Indre-et-Loire apparaissent dans l'acte de naissance, à Saint-Cyr-sur-Loire, d'Auguste Maximilien Musseler, « garçon naturel », né le 20 avril 1849. La mère, Françoise Marie Jeanne Musseler, âgée de 30 ans, réside aux Maisons Blanches à Saint-Cyr-sur-Loire et se déclare rentière. Un des témoins cités dans l'acte, Auguste Victor Boisgontier, « graveur sur cuivre, domicilié aux Maisons Blanches, âgé de 33 ans », s'avérera être le père de l'enfant. Le couple, « dans la commune depuis 1846 » (AD 37, 2 U 370), élève déjà deux enfants, Aline, née en 1837 et Théodorine née en 1845. Auguste Boisgontier travaille comme ouvrier lithographe chez l'imprimeur-lithographe Clarey-Martineau, rue de la Harpe à Tours.

            Le père, Auguste Boisgontier, fils de Jean Boisgontier et de Jeanne Guisant, est né à Paris le 5 mai 1816. Il résidait rue des Grès à Paris lorsque les autorités administratives lui ont délivré le 25 mai 1842 un brevet d'imprimeur-lithographe pour son atelier 10, rue des Quatre Vents à Paris, brevet sans lequel nul ne peut exploiter une imprimerie.

Pourquoi avoir quitté Paris pour s'établir en Indre-et-Loire ? Une possible hypothèse est à rechercher dans sa situation familiale. En effet, marié avec Élisabeth Françoise Adam, il s'est séparé de celle-ci et vit maritalement avec Françoise Musseler, née le 21 octobre 1818 à Paris. En France, le divorce, autorisé en 1792, supprimé en 1816, ne sera rétabli qu'en 1884. Une deuxième hypothèse serait liée à son engagement politique. Républicain, il semble qu'Auguste Boisgontier soit membre de la société secrète La Marianne, société républicaine et démocratique constituée après la Révolution de 1848 en France et surtout établie sur les deux rives de La Loire, entre la Nièvre et le Maine-et-Loire. Cette société a pour but de renverser le régime établi suite au coup d'État du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte. Elle organisera, en 1855, une insurrection à Angers.

            D'après le recensement de population de 1851 (AD 37, 6 M 341), le couple délaisse le quartier des Maisons Blanches, quartier des mariniers de la Loire, pour celui du Pont de la Motte, situé à un kilomètre plus à l'ouest, toujours au bord du fleuve. Ainsi, au numéro 11 de ce quartier, sont recensés : « Boisgontier Auguste, graveur sur cuivre, 34 ans ; Musseler Marie Jeanne, sa femme vivant de son travail, 32 ans; Boisgontier Aline, leur fille aînée, 14 ans ; Boisgontier Théodorine, leur fille cadette, 6 ans ; Boisgontier Auguste, leur fils, 2 ans ». Il est à noter que, dans ce recensement, la déclaration est inexacte : les enfants portent le nom du père, Boisgontier, et Marie Jeanne Musseler est désignée comme la femme de Boisgontier.

            En 1851, un second « garçon naturel » nait à Saint-Cyr-sur-Loire, le futur peintre Henri Boisgontier : « L'an mil huit cent cinquante un le premier novembre à dix heures du matin, Pardevant nous maire de la commune de Saint-Cyr-sur-Loire, est comparue Jeanne Nardeux épouse de Pierre Recipont, sage femme, domiciliée au lieu du Bourg de cette commune âgée de quarante ans ; laquelle nous a déclaré que Françoise Marie Jeanne Musseler, rentière, fille, domiciliée Maisons Blanches en cette commune âgée de trente deux ans est accouchée d'aujourd'hui à sept heures du matin en son susdit domicile d'un garçon auquel elle a donné les prénoms de Arthur Henri, l'enfant présent, laquelle déclaration et présentation faite en présence des sieurs Auguste Victor Boisgontier, graveur sur cuivre domicilié en cette commune âgé de trente cinq ans et Pierre Recipont journalier domicilié au bourg de cette commune âgé de quarante quatre ans lequel témoin ainsi que la sage femme ont déclaré ne savoir signer après lecture, l'autre témoin a signé avec nous » (AD 37, 4 E 214).

            En 1853, en Indre-et-Loire, une soixantaine de personnes est inculpée d'affiliation à une société secrète, de fabrication ou détention d'armes et de munitions et de distribution d'écrits séditieux (AD 37, 2 U 370). Auguste Boisgontier est arrêté et écroué à la prison de Tours le 31 octobre 1853. Il est remis en liberté sous caution le 18 novembre (AD 37, 2 Y 259). Pendant l'enquête, interrogé par le juge d'instruction en novembre 1853, il déclare : « je n'ai jamais été affilié à aucune société secrète. Je vous dirai franchement mon opinion. Après les évènements de 1848 j'ai été Républicain, philanthrope, rêvant un meilleur avenir ; mais après tous les évènements qui se sont succédés, j'ai été désillusionné je me suis dit : la France est dans l'erreur ou elle n'est pas mure pour une République [...] ». En février 1854, le préfet de police écrit au procureur impérial que Boisgontier est« affilié de la société secrète dite la Marianne. Il est très lié avec les membres de la même société demeurant à La Membrolle et avec les ouvriers en soie. Il a, dit-on, assisté aux réunions qui ont eu lieu chez la mère Soudée, marchande de vin au pont de la Motte et chez la veuve Preitzel, marchande de vin à Saint-Cyr ». Dans une lettre du 9 mars 1854 au procureur, le maire de Saint-Cyr-sur-Loire signale que Boisgontier est venu l'informer de sa situation, « qu'il a cessé tous rapports avec ses anciens amis politiques, qu'il a adopté des habitudes très sédentaires au milieu de sa nombreuse famille, que son genre de vie est on ne peut plus régulier, qu'il part chaque matin à 7 ou 8 heures pour aller à son travail à Tours ; et que chaque soir on le voit revenir régulièrement de 5 à 6 heures, et qu'une fois rentré chez lui, on ne le voit plus sortir ». Par jugement du tribunal correctionnel de Tours du 15 mars 1854, Auguste Boisgontier est condamné à « 2 mois de prison », « peine réduite à 1 mois par décision du 10 mai 1854 ». Vêtu de « chapeau gris, chemise de calicot, cravate de soie noire, gilet de laine, paletot de laine grise, pantalon de laine grise à carreaux », il est écroué à la prison de Tours du 4 janvier au 3 février 1855 (AD 37, 2 Y 412).

            Le couple Boisgontier-Musseler aura un cinquième « garçon naturel », Victor Just Musseler, né le 3 décembre 1855 à Saint-Cyr-sur-Loire. Là encore, un des témoins de l'acte de naissance est le père, « Auguste Victor Boisgontier, graveur sur cuivre, domicilié au Pont de la Motte ». Si dans tables décennales d'état-civil de Saint-Cyr-sur-Loire, la fratrie est enregistrée au nom de la mère, Musseler, les enfants sont, eux, enregistrés dans les recensements de population au nom de Boisgontier, comme dans le recensement de 1856 dans lequel la fille aînée, Aline, 19 ans, est alors désignée comme lingère.

            Le brevet d'imprimeur-lithographe d'Auguste Boisgontier est annulé à Paris le 27 avril 1854, puisqu'il n'exerce plus dans la capitale. La famille Boisgontier-Musseler quitte l'Indre-et-Loire pour s'établir à Blois où il obtient son brevet d'imprimeur-lithographe le 30 juillet 1857. Le 20 septembre 1859, il fait faillite et son brevet lui est retiré (AN F 18/1955).

 

Son enfance en Touraine

            Dans un manuscrit autographe conservé au musée des Beaux-Arts de Tours (MBT, legs Spinossa-Cattela) et écrit à la fin de sa vie, le fils d'Auguste, le peintre Henri Boisgontier, se rappelle de son enfance « auprès de la grande Loire », grandissant parmi les mariniers qui vivent et travaillent le long du fleuve. Il décrit ainsi la grande crue de la Loire de fin mai-début juin 1856 qui fit de terribles ravages : « la Loire roulait ses eaux jaunes rapides et rejointe par le Cher ne formait plus qu'une grande plaine liquide. La ville de Tours était complètement cernée et l'eau avait envahi tous les bas quartiers du côté de la cathédrale du quai de la Poissonnerie. Le vieux pont de Pierre résistait à la poussée furieuse. À cette époque le Pont du chemin de fer à Fondettes n'existait pas encore - seul un travail de charpente se dressait au milieu du courant et devait être emporté un matin - notre père nous avait mené voir cette débâcle qui se passait à peu de distance de notre maison envahie elle-même par l'eau [...]. Sans arrêt défilaient comme au galop des meubles, des charrettes, d'immenses meules de foin. A la rupture de la digue de Saint-Pierre-des-Corps en peu d'heures la route fut complètement envahie et les maisons basses entourées d'eau. Sur un parapet tout proche de notre maison, des rats, des taupes s'étaient réfugiés pressés les uns sur les autres chassés qu'ils étaient par l'eau ayant envahi les jardins. Dans une barque amarrée au balcon de notre maison on avait entassé en hâte les quelques objets indispensables et nous pûmes rejoindre un vieux tombereau ayant de l'eau jusqu'au moyeu [...]. Nous pûmes grimper jusqu'en haut de Fondettes et contempler l'immense panorama liquide qui peu à peu recouvrait le pays à perte de vue. Un vieux moulin établi dans les prés derrière notre maison était complètement entouré d'eau et les habitants restèrent longtemps sans secours jusqu'au moment où les mariniers se risquèrent en barque à les ravitailler [...]. Nous fûmes installés chez des amis de mon père qui avaient leurs champs, leurs vignes sur le plateau de Fondettes ».

Henri Boisgontier n'oubliera jamais les lieux de son enfance, revenant même quelques fois en Touraine comme il l'indique dans ce manuscrit autographe : « Le marché se tenait sur la Grand'Place tout près de la si belle et ancienne fontaine que j'ai revu encore il y a peu de temps [...]. Que de fois, lorsque venant de Fondettes à Tours, me suis-je arrêté sur le Pont suspendu qui enjambe la Loire avec ses deux arches et les bureaux où se payait le prix du passage [...]. Remontant le quai de la Poissonnerie, nous arrivions à la Grand'Place où se trouve le vieux Pont de Pierre et la rue Royale. Petits pavés -soleil brûlant sur les trottoirs [...] et l'odeur toute particulière des boutiques où se vendaient bonbons, friandises, les fameux pruneaux, quelques magasins de nouveautés à « l'instar de Paris », de grands cafés où se réunissaient bourgeois et paysans cossus. Aujourd'hui tout a changé ! Les boutiques illuminées à l'électricité ; les rues sillonnées de tramways remplaçant les charrettes à âne et les carrioles [...]. Le vieux Tours malgré cet envahissement reste dans les bas quartiers la délicieuse ville moyenâgeuse ».

 

Amitiés et formation à Paris

            Après la faillite comme imprimeur à Blois en septembre 1859, Auguste Boisgontier revient à Paris, travaille chez Lemercier comme premier ouvrier jusqu'en 1861, puis chez Chaix comme contremaître. De nouveau breveté le 4 septembre 1862 (AN F 18/1736), il décède le 4 octobre 1869. C'est la mère de ses enfants, Françoise Marie Jeanne Musseler, qui lui succède comme imprimeur-lithographe (AN F 18/1805) avec un brevet délivré le 4 novembre 1869. Son activité est situé 16 boulevard Saint-Jacques.

Après le décès d'Auguste Boisgontier, Françoise Musseler fait des démarches administratives pour ses enfants comme il est indiqué dans les mentions marginales des actes de naissance de Saint-Cyr-sur-Loire. Ainsi pour Arthur Henri : « par acte de reconnaissance du huit mars 1870 dressé à la mairie du 14ème arrondissement de Paris sur le registre 53 numéro 710 Françoise Marie Jeanne Musseler a reconnu pour son fils l'enfant enregistré ci-contre ». La mère procède de même pour Victor Just : « par acte dressé à la mairie du 6ème arrondissement de Paris (Mairie du Luxembourg) le 16 février 1883 l'enfant enregistré ci-contre a été reconnu par Françoise Marie Jeanne Musseler, sa mère ». Dans les actes d'état-civil postérieurs, le nom de Musseler sera toujours associé à celui de Boisgontier. D'ailleurs, Henri Boisgontier, au début de sa carrière artistique, signe du nom de sa mère accolé à celui de son père.

            Dans le manuscrit autographe, Henri Boisgontier se souvient des années de sa jeunesse parisienne, côtoyant la bohême, témoin de la guerre de 1870-1871, de la Commune de Paris et plus particulièrement de l'arrestation, par les fédérés, du général Chanzy le 18 mars 1871, lors du transfert de l'assemblée nationale à Versailles et de l'insurrection parisienne. Il évoque aussi ses amis peintres, Jules Dupré (1811-1889) et Armand Leleu (1818-1885), l'ami de Corot, de Théophile Gautier et d'Eugène Sue. Probablement formé par son père à l'art de la composition et de la gravure, Henri Boisgontier côtoie aussi les peintres François-Louis Français (1814-1897), Charles Monginot (1825-1900), Karl Bodmer (1809-1893) et Jean-Baptiste Corot (1796-1875). Tous ces peintres sont proches de l'école de Barbizon et travaillent en plein air. Dans la forêt de Fontainebleau toute proche de Barbizon, ou dans les environs de Vaux-de-Cernay dans la vallée de Chevreuse, ces peintres trouvent leur inspiration dans la nature, elle-même sujet de leur peinture. Avec ses amis, Boisgontier séjourne et peint dans l'Indre et la Creuse, aux vallées pittoresques appréciées des peintres réunis autour de l'école de peinture dite de Crozant. Dans le manuscrit autographe conservé au musée des Beaux-Arts de Tours, Henri Boisgontier revient sur son itinéraire : « J'ai travaillé avec le vieux maître Français, avec Monginot. Il m'est difficile de préciser toutes les choses et les maîtres qui me prodiguaient des conseils. Je me suis formé tout seul, vivant des jours entiers en forêt et dans les champs, m'inspirant de cette nature qu'on ne peut raconter, qui ne se livre que lentement à ceux qui l'aiment [...] Dans l'atelier du maître A. Leleu [...] j'y ai rencontré maintes fois le père Corot qui me conseillait, encore que je sois un peu jeune à l'époque. A Barbizon, plus tard nous étions quelques artistes réunis [...]. Je fis au Bas Bréau [lieu-dit de Barbizon] connaissance avec le fils du bon artiste Bodmer [...]. J'étais, un jour, installé devant quelques arbres avec une allée sinueuse au premier plan, laquelle me donnait bien du mal ! Un passant s'approche, regarde, me donne quelques avis, prend la palette, le couteau et se met à ma place. En quelques instants tout change ! [...]. Je sus plus tard que c'était le maître Harpignies ». Il s'agit du peintre Henri Harpignies (1819-1916), celui qu'Anatole France désigne comme le « Michel-Ange des arbres et des campagnes paisibles ». Dans le manuscrit autographe, Henri Boisgontier conte aussi son amitié avec le journaliste Victor Noir (1848-1870), tué par le prince Pierre-Napoléon Bonaparte, mais aussi ses voyages en Bretagne, en Belgique (Ostende, Nieuport), l'hiver 1914-1915, la vie d'artiste à Saint-Germain-des-Prés et au quartier latin : « tous ceux qui ont vécu au quartier connaissaient le Steinback ; c'était une brasserie du Boul'Mich où nos amis se retrouvaient ; Verlaine s'y attablait souvent ».

            Ne pouvant pas vivre uniquement de sa peinture, Henri Boisgontier travaille, en 1873, comme dessinateur pour la maison d'édition Mourocq, « un vieil éditeur qui pendant un demi-siècle inonda le monde des croquis d'excellents maîtres » (manuscrit autographe). Devenu contremaître dans une imprimerie, il se lie avec le dessinateur lithographe parisien Léon Painlevé, le père du mathématicien et homme politique Paul Painlevé (1863-1933). Boisgontier illustre des traités d'anatomie, à partir d'études faites à l'école de médecine et à la morgue, près du Pont-Saint-Michel : « je m'y rendis plusieurs fois ayant à fixer par des aquarelles, des dessins, divers cas qui nécessitaient des instructions ou recherches médicales ». Il a travaillé aussi pour l'Institut Pasteur.

Dessinateur de planches de zoologie et de botanique

            En 1890, un superbe livre de lithographies signées de « H. Musseler-Boisgontier » est publié à Paris et à Lisbonne : Atlas de Zoologia. Mandalo Organisar pela Direcção Geral de Instrucção Publica de Portugal para uso dos Lyceus (Guillard - Alliaud & Cia, Paris -Lisboa, 1er janvier 1890). Certainement séduit par la qualité de lithographe et de graveur de Boisgontier, le biologiste et botaniste Philippe Édouard Adrien Van Tieghem (1839-1914), membre de l'académie des sciences, qui dirige la chaire de botanique et de pathologie végétale de l'institut national agronomique, lui commande, en 1890, 54 planches de botanique représentant les espèces étudiées à l'Institut. Ces planches de grand format, 1,20 m sur 2,30 m, à la gouache et entoilées, doivent servir à l'enseignement supérieur et être exposées au centre de l'amphithéâtre lors des cours magistraux. Ces planches développent chacune un thème : conifères, liliacées, palmiers, solanacées, iridacées, amaryllidacées, orchidées, musacées, cannacées-marantacées, euphorbiacées, urticacées cannabinées, crucifères, malvacées, rosacées, ombellifères, rutacées, rubiacées, scrofulariacées, légumineuses myrtacées et autres graminées. Les planches, actuellement conservées au Musée du Vivant (Agro-Paris-Tech) à Grignon, n'ont plus été utilisées après la première guerre mondiale. Lors de la journée de l'environnement en juin 1994, quelques planches ont été pour la première fois exposées au public à la mairie du 5e arrondissement de Paris. L'ensemble des planches a été montré en 2011 lors du 11e festival des jardins à Arc-et-Senans dans le Doubs : « Arthur-Henri Boisgontier présente chaque espèce au moyen d'une répartition harmonieuse et structure clairement le spécimen sur toute la hauteur de sa feuille. Cette composition ne se fait pas pour autant au détriment du caractère esthétique. Le choix des couleurs vives et la maîtrise technique prouvent son penchant envers la nature » (catalogue de présentation, Le goût du monde, IAC éditions d'art, 2011, 176 p.).

 

Planche botanique myrthe

 Dessin d'Henri Boisgontier. Collection Musée du Vivant. AgroParis Tech.

Les myrtacées : le caryophyllus est plus connu sous le nom de giroflier dont la fleur donne le clou de girofle. Le myrte permet de soigner les blessures et plaies. Le punica désigne le grenadier. L'eucalyptus originaire d'Australie n'a été introduit qu'en 1828 en France.

 

planche botanique palmier

 Dessin d'Henri Boisgontier. Collection Musée du Vivant. AgroParis Tech.

Le palmier dattier est l'arbre-roi des oasis, symbole de l'Orient pour les peintres du 19ème siècle et les metteurs en scène d'opéra et de cinéma.

 

Un peintre de paysage

            Loin des courants modernistes, Boisgontier est un peintre de paysages, de tableaux forestiers et de scène pittoresques, dans un style réaliste comme l'indiquent les titres de ses tableaux : « Les Blés » ; « Crépuscule en Forêt » (exposé au Salon des Artistes Français en 1913) ; « Paysage » ;  « Coucher de soleil sur la côte bretonne » ; « paysage montagneux » ; « La rivière » ; « Intérieur breton » ; « Saint-Cloud, le jardin » ; « Canal à Bruges » ; « Voilier rentrant au port » ; « Clairière en automne » ; « Un port en méditerranée » ; « Paysage de bord de rivière aux grands arbres » ; « Bords d'étang » ; « Biches s'abreuvant dans une mare en forêt » ; « La danse dans la forêt » ; « Pêcheur aux étangs de Ville-d'Avray » ; » Le canal de la Villette » : « le cap Fréhel ».

Boisgontier a aussi réalisé quelques sculptures intitulées  « Icare » ; « Zeus » ; « Buste » ; « Templune » ; « le fou du roi » ; « l'amazone ».

            Au début du XXe siècle, Henri Boisgontier expose au salon des Indépendants : « je fis partie aux premières années [du Salon des Indépendants] [...]. L'évolution vers les cubistes [...] avait pris un développement lors de la création du salon. J'y fus même pendant quelques temps le trésorier. Alors je voyais défiler dans mon atelier venant payer leur cotisation tous les types de cette époque dont j'ai gardé un vague souvenir » (manuscrit autographe). Entre 1912 et 1922, il expose des lithographies et des peintures au Salon des artistes français. L'État lui achète une de ses toiles, « Paysage breton » (actuellement à la Préfecture du Morbihan, à Vannes).

Marie-Alice, épouse Henri Boisgontier

   Photographie. Musée des Beaux-Arts de Tours

Marie-Alice, l'épouse  d'Henri Boisgontier posant devant les paysages  peints par son mari.

 

         Le musée des Beaux-Arts de Tours possèdent deux peintures (huiles sur bois) de Boisgontier, « Paysage » (0,157m/0,27m) et « Paysage, soleil couchant » (0,74 m/0,17m). Dans ce legs d'une amie de Boisgontier, Marianne Spinossa-Cattela (1963), figure aussi un album de 66 dessins et aquarelles, un dessin de son père sur son lit de mort, des carnets de notes autographes et des photographies de l'artiste et de sa femme. (Véronique Moreau, Peintures du XIXe siècle, 1800-1814, catalogue raisonné du musée des Beaux-Arts de Tours, 2001).

            Une illustration de Boisgontier figure dans un ouvrage publié en 1936 (Paris, éditeur Tolmer) intitulé Antoine document : pour la femme moderne. Boisgontier a dessiné douze planches en chromolithographie pour le Petit atlas d'histoire naturelle de l'homme du docteur André-Marcel Lelièvre (Paris, Nathan, 1945).

 

 

Atlas histoire naturelle

 

Sa vie familiale

            Avec sa compagne, Marie Alice Camille de Galezynska (née à Toulouse le 12 septembre 1856), fille naturelle d'une danseuse d'origine polonaise prénommée Julia, Henri Boisgontier aura deux enfants : Marcel Henri (né le 20 mai 1887, sous-lieutenant au 104e régiment d'infanterie tué sur le front le 5 octobre 1915 à Perthes-lès-Hurlus, dans la Marne) et Edmond René (4 juin 1888-1958) qui deviendra peintre. Le 20 juillet 1901, à Sens, dans l'Yonne, est célébré le mariage civil d'« Arthur Henri Musseler-Boisgontier, [...] artiste peintre, officier d'académie, demeurant à Sens 30 rue des Charmes [...] fils de Françoise Marie Jeanne Musseler-Boisgontier, rentière demeurant à Paris rue Clotaire [...] non présente mais consentante [...] et Marie Alice Camille de Galezynska, sans profession demeurant à Sens 30 rue des Charmes ». Lors du mariage, « les requérants ont en même temps déclaré qu'ils reconnaissent et veulent légitimer » leurs deux garçons nés à Paris dans le 6e arrondissement.

        

Le carnet du Figaro du 31 août 1913 annonce le prochain mariage « d'Edmond Musseler de Boisgontier, artiste peintre, fils de l'artiste peintre et de Mme née de Galezynska, avec Melle Gabrielle Delechere, fille du publiciste, et de Marcel Musseler de Boisgontier, homme de lettres, frère du précédent avec Melle Joséphine Delechere, soeur de la précédente ».

            Franc-maçon, Henri Boisgontier participe aux activités de la Loge Droit et Justice du Grand Orient à Paris : « je tenais le maillet de vénérable dans une loge parisienne [...]. Il y avait là [...] des braves gens républicains, sincères, dévoués dont j'étais travaillant au triomphe d'idées chères à tous ». Ainsi, Boisgontier, le 19 juin 1894, intronisa René Viviani (1862-1925), député, futur ministre et président du Conseil, fondateur, avec Jean Jaurès, du journal L'Humanité.

            Henri Arthur Musseler-Boisgontier dit Henri Boisgontier décède dans sa demeure, 240 boulevard Raspail dans le 14ème arrondissement de Paris. Il a été inhumé le 13 mai 1941. Sa femme décède le 27 juin 1943 à Paris.

            « Passionné de la nature [...], M. Boisgontier était un modeste et n'a jamais fait de demandes qui assurent le succès [...]. Il ne pouvait compter sur l'art pour assurer l'existence des siens » (lettre de la donatrice Marianne Spinossa-Cattela au conservateur du musée des Beaux-Arts de Tours, décembre 1963).

 

 

Recherches et rédaction, Georges-François Pottier,

 Archives départementales d'Indre-et-Loire

 

 



 

 

 

 

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