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Didier-Georges Gabilly (1955-1996),

Acteur du Théâtre libre de Touraine


 

Le 15 septembre 2013, les Archives départementales d'Indre-et-Loire ont reçu en dépôt le fonds du Théâtre libre de Touraine (coté 238 J), compagnie qui a marqué la vie théâtrale de Tours de 1976 à 1978. Dirigée par André Cellier (1926-1997), cette troupe a compté, parmi ses acteurs, un auteur dramatique qui a marqué sa génération et la vie théâtrale de la fin des années 1970 aux années 1990, Didier-Georges Gabilly (1955-1996).

 

Romancier, poète, auteur dramatique, acteur et metteur en scène, Didier-Georges Gabilly est une des figures emblématiques du théâtre de groupe en France. Son nom est fréquemment associé à ceux de Jean-Luc Lagarce et Bernard-Marie Koltès, auteurs contemporains les plus joués actuellement

 

Les années de formation à Tours

 

            Né à Saumur le 26 août 1955, il passe sa petite enfance à Villebernier dans le Maine -et-Loire, avec ses quatre soeurs. Puis la famille vient résider à Saint-Cyr-sur-Loire, près de Tours.

Après avoir interrompu ses études secondaires en 1971, il exerce plusieurs métiers, acquiert une culture autodidacte, devient acteur de théâtre et commence à écrire. L'essayiste et théoricien de théâtre Bernard Dort voit en lui « un des artisans les plus aigus et les plus exigeants de notre temps ».

 

         En 1974, André Cellier, directeur du Centre dramatique de Tours, l'intègre dans sa troupe et lui confie une partie du travail avec les acteurs.

Le Centre dramatique de Tours est alors dirigé, depuis 1971, par André Cellier et sa femme, Hélène Roussel, la soeur de Michèle Morgan. Gabilly disait devoir à André Cellier sa vocation théâtrale. Ces années d'apprentissage vont être déterminantes pour le travail futur de Gabilly. André Cellier, dénonçant le manque de moyens alloués par la municipalité, est licencié en juin 1976 par le maire conservateur de Tours Jean Royer.

 

Pendant plusieurs mois, de nombreuses manifestations de soutien vont avoir lieu à Tours : spectacles, pétitions, manifestations dans les rues dans lesquelles Gabilly va s'engager totalement. André Cellier et d'autres comédiens vont même jusqu'à s'enchaîner aux grilles de la porte d'entrée de la Préfecture. Dans le fonds déposé aux Archives départementales, de nombreuses photographies inédites nous montrent Didier-Georges Gabilly lors de parades de rue.

 

Manifestation

 

Didier Gabilly, à l'arrière-plan avec le chapeau haut-de-forme.

Cliché Joël Pairis

 

enchaine a la prefecture

 

 Didier Gabilly, à droite, enchaîné à la Préfecture, avec d'autres acteurs.

 Cliché Joël Pairis

 

Le 18 octobre 1976, à l'Olympia de Tours, en présence d'Ariane Mnouchkine, se déroule une « soirée de lutte et de soutien au Centre dramatique ». Didier-Georges Gabilly et Annick Cisaruk y interprètent des chansons de Gabilly.

 

 

Affiche

 

 

Affiche du dernier spectacle du Centre dramatique de Tours. 1976. 

(AD 37,238 J 54)

 

Le Centre dramatique de Tours ferme définitivement en novembre 1976. André Cellier et sa troupe fondent alors le Théâtre libre de Touraine, qui, dans un dépliant programmatif propose plusieurs activités : des pièces de théâtre, « Les fusils de la mère Carrar » et «  La femme juive » de Bertolt Brecht, un spectacle pour enfant, « Basket Ballade » d'Yvan Pommaux (futur illustrateur d'albums pour la jeunesse), un récital de chansons intitulé « Didier Gabilly et Annick Cisaruk chantent les chansons de D. Gabilly » et des « animations entreprises » avec « L'heure de l'Ouvrier » de Brecht, « mise en scène Didier Gabilly ».

 

 

Tract soutien

 

Dépliant d'information du Théâtre libre de Touraine.

(AD 37,238 J 38)

   

Didier Gabilly chantant    

 

Didier Gabilly interprétant ses chansons avec Annick Cisaruk.

Cliché Joël Pairis  

 

 

 En avril et mai 1977, le Théâtre libre de Touraine présente, salle des Tanneurs à Tours, « Mort d'un commis voyageur » d'Arthur Miller, pièce dans laquelle Gabilly non seulement joue, mais dont il écrit la musique.

 

Programme mort d un commis voyageur

 

(AD 37,238 J 28)

 

 

Avec Helene Roussel

 

Didier Gabilly, à gauche,  lors d'une répétition de la pièce : "Mort d'un commis voyageur" avec Hélène Roussel, soeur de Michèle Morgan.

Cliché Joël Pairis

 

 

Le dernier spectacle du Théâtre libre de Touraine est monté à Tours les 9-11 juin 1978, André Cellier partant peu après au Mans, diriger le Centre dramatique du Maine.

 

Un théâtre absolu

 

            En été 1977, au festival d'Avignon, Gabilly met en scène « Chute du Rien » adapté du Voyage d'Urien de Gide. Puis, en 1978, il met en scène à Paris « Tambours dans la nuit » de Brecht.

En 1979, à Paris, il anime son premier atelier d'acteur : l'atelier Maïathéâtre.

Ses propres pièces entrent alors dans le répertoire de plusieurs compagnies théâtrales.

Après1982, il travaille avec André Cellier au Centre dramatique du Maine. Ne trouvant pas sa place dans une institution officielle, il se lance dans une expérience limite et radicale d'ateliers collectifs d'acteurs. Il fonde ainsi, en 1986, le Groupe T'chan'G. Il monte, en 1986, sa première grande mise en scène « L'échange » de Claudel. C'est un travail de création exigeant et hors convention.

Tout en travaillant à des textes qui posent des questions dramatiques fortes dans des ateliers de formation d'acteurs, Gabilly se consacre à l'écriture d'un roman qui paraît en 1988 chez Actes Sud, Physiologie d'un accouplement.

En 1989, le groupe T'chan'G monte « Travaux Orestiens » d'après l'Orestie d'Eschyle. Puis, il met en scène « Ossia, variations à la mémoire d'Ossip et Nadejda Mandelstam », une commande d'André Cellier et d'Hélène Roussel au théâtre de Poche Montparnasse en 1990, reprise en 1991 au Théâtre National de Strasbourg.

En 1991, le groupe T'chan'G joue pour la première fois une pièce totalement conçue d'après leur réflexion et leur analyse : « Violences », au théâtre de la Cité internationale, d'une durée de plus de sept heures.

En 1992 et 1993 le groupe T'chan'G est accueilli au Théâtre de la Bastille et au festival d'Avignon pour un diptyque : « Des Cercueils de zinc », d'après un recueil de témoignages sur la guerre d'Afghanistan et « Enfonçures », mêlant le récit des derniers jours d'Hölderlin et les premiers jours de la guerre du Golfe.

Didier-Georges Gabilly veut, dans ses spectacles, « tenter de faire accéder les acteurs à la poétique du texte avant même de les faire accéder au sens ».

 

 

Didier Gabilly

 

Didier Gabilly dans les années 1990.

 

Gabilly travaille sur « Gibiers du Temps », un texte « sur ce que nous sommes, comment nous sommes dans le monde à travers le mythe de Phèdre » dans lequel il confronte les figures de la mythologie grecque à la brutalité de notre monde. Dans ce triptyque (« Thésée » ; « Voix » ; « Phèdre, fragments d'une agonie »), « Gabilly et ses comédiens convoquent les héros du théâtre grec dans un univers de caméscopes, de peep-show, d'ordinateurs et de fusils. L'écriture embrase les corps, les spectateurs tremblent » (Le Monde, 21 août 1996). « La Pythie [...] prêtresse du pire galvanise les hommes, derrière la vitre d'un peep-show par ses récits monstrueux. Le corps tuméfié et usé, Thésée se cogne à la nouvelle barbarie. Un monde régi par les dealers où les fils se déchirent pour le gain “qui est devenu ordre” et où les femmes ont troqué l'amour pour des fusils à canon scié. Thésée, l'étranger, le sans-papier, traverse les ruines de Goradze affamée, se perd dans les banlieues, les images pornographiques, les incestes, les viols, les cohortes de sans-abri, le spectacle de la misère, “l'amoncellement de cadavres, de sacs de riz pourrissant et de téléviseurs”...Sombres visions du siècle finissant que les choeurs de l'antique charrient sans fin [...]. Tout secoué encore de cette violente peinture du monde, on lira et relira sûrement pour entendre longtemps les choeurs terribles de ces “Gibiers du temps” » (Maïa Bouteillet, Le Matricule des anges, n°15, février-mars 1996).

 

            Père de trois enfants, Didier-Georges Gabilly meurt à Paris le 20 août 1996, à la suite d'une opération cardiaque alors que le groupe T'chan'G est en répétition au théâtre des Amandiers à Nanterre pour le spectacle « Dom Juan/Chimère », finalement joué en octobre 1996. Le groupe se dissout après les représentations.

Le metteur en scène Jean-Pierre Vincent déclare en 2002 : « La disparition de ces trois-là [Lagarce, Koltès, Gabilly], en peu d'années, tous trois âgés d'environ quarante ans, à l'heure de la maturité et d'un devenir universel, a créé un trou dans l'histoire de la dramaturgie de notre pays, de notre langue ».

 

Au sujet de Gabilly, le journal Le Monde, dans son édition du 18 novembre 2010, écrit : « Franc-tireur [...], chroniqueur du vide contemporain [...], son influence travaille en profondeur le théâtre français depuis quinze ans ».

 

Ses romans, pièces de théâtre, journal et notes de travail sont tous publiés aux éditions Actes Sud. Le récit «  Couvre-feux » (1990) se déroule dans un village de Touraine : le narrateur et sa fille reviennent dans leur village d'origine pour l'enterrement de la grand-mère, entreprenant une quête sur eux-mêmes, mêlant désirs du temps présent et frayeurs du passé.

 

Les archives de Didier-Georges Gabilly sont déposées à l'IMEC (Institut Mémoires de l'Edition Contemporaine).

 

Rédaction et recherches, Georges-François Pottier,

 Archives départementales d'Indre-et-Loire, 2014.

 

 

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