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Il y a 130 ans naissait en Touraine
Gaston Monmousseau (1883-1960)
syndicaliste, homme politique et écrivain
 

 

«  Figurez-vous que vous voilà arrivés sous le pont d'Azay, remontez encore le Cher et deux kilomètres de là, vous verrez sur votre droite le troisième château d'Azay. C'est un vrai vieux château quasiment jeune vu que c'est là que j'ai fait mes preuves ; pur style Renaissance, bien campé sur le haut de sa pelouse, il me fait battre le coeur chaque fois que je l'aperçois. C'est qu'il y en a de l'huile à bras dans ses boiseries, et du contentement donc ! On est comme ça : voici un château de capitalistes, les capitalistes m'en ont fait baver toute la vie, tout comme à vous tous, je devrais l'avoir en grippe, ce château avec ses tourelles ; ses escaliers d'honneur et ses boiseries de luxe ! Eh bien non, je l'aime : il y a de moi là-dedans, voilà la chose... ».
 

Cette inhabituelle description d'un château de Touraine est due à Gaston Monmousseau dans son ouvrage intitulé « Indre-et-Loire, chef-lieu TOURS, selon Jean Brécot », écrit en 1951.

Mais qui est Gaston Monmousseau, qui pourfend ainsi les châteaux de capitalistes ?

 

Une enfance tourangelle

                Gaston René Léon naît à Luynes le 17 janvier 1883. Il est le fils de Jean et de Marie-Silvine Monmousseau : « je suis de la lignée des Monmousseau-Brécot, issus d'une famille de serfs qui fit tant de petits au pied du château des ducs de Luynes qu'il fallut leur donner un surnom. Mon grand-père fut républicain sous l'Empire, mon père fut radical après la Commune, puis socialiste contre la pourriture radicalisante et, enfin, communiste contre le socialisme pourrissant » (Monmousseau, La Musette, 1951).

Vue du château de Luynes. cliché ARSICAUD [ADIL, 5 Fi 2923]

Vue du château de LUYNES. Cliché ARSICAUD.

Archives départementales d'Indre-et-Loire, 5 Fi 2923

 

Selon ses propres affirmations, Gaston passe son enfance à Azay-sur-Cher : « sur la route qui, du bourg d'Azay, conduit à l'entrée du pont du Cher [...] se trouve la petite maison où jadis se faisait le péage [...]. C'est là que s'est écoulée une partie de ma toute première enfance » (Monmousseau, Indre-et-Loire, chef-lieu Tours,  1951). Après son certificat d'études, Gaston entre en apprentissage chez un artisan menuisier de Luynes. Marié en 1927 avec la fille d'un paysan, militant anarchiste, il s'établit à Tours comme artisan menuisier.

 

Les débuts d'un militant syndicaliste

                Après le service militaire, il entre au chemin de fer d'Etat à Paris. Anarcho-syndicaliste, il milite dans les sections cheminotes. En janvier 1913, il tient un meeting antimilitariste contre « la loi de 3 ans » à l'hôtel Dutertre à Azay-sur-Cher. Affecté pendant la guerre au service entretien des chemins de fer, il est enthousiasmé par la Révolution d'Octobre en Russie. En avril 1920, élu secrétaire à la propagande de la fédération des cheminots, il est arrêté - en compagnie de Souvarine et de Monatte - pour complot contre la sûreté de l'État. Il est libéré en février 1921. Membre de la minorité anarcho-syndicaliste de la C.G.T., Gaston Monmousseau devient secrétaire général de la C.G.T.U. après la scission entre réformistes et révolutionnaires, poste qu'il conserve jusqu'en 1933. 

 

 

Cl. Gaston Monmousseau, secrétaire général de la CGTU en 1922 

Gaston Monmousseau, secrétaire général de la CGTU en 1922

(cliché IRM, extrait de la notice biographique du Dictionnaire biographique du Mouvement Ouvrier de Jean Maitron)

 

 En janvier 1922, il remplace Pierre Monatte à l'administration de La Vie Ouvrière. Il en sera le directeur pendant 40 ans,  jusqu'en 1960. En décembre 1922, il représente le C.G.T.U. au congrès international syndical à Moscou. En janvier 1923, ayant participé au Congrès international « L'Impérialisme et la Guerre », organisé contre l'occupation de la Ruhr par les troupes françaises, il est emprisonné jusqu'en mai. En août 1924, Gaston Monmousseau participe au Congrès de l'Internationale Syndicale Rouge à Moscou où il rencontre Lénine.

Une rencontre qu'il relate, trente plus tard, dans son ouvrage de souvenirs intitulé «  l'oncle Eugène selon Jean Brécot », paru en 1953.

«  Moi Jean Brécot, j'ai vu Lénine au début de 1923 dans son bureau à Moscou où je m'étais rendu avec Pierre Sémard. Être reçu par Lénine, le dirigeant de la révolution d'Octobre, moi Jean Brécot, le tout petiot, vous rendez-vous compte ? Je me faisais de Lénine une idée extraordinaire, une sorte de colosse d'homme, à la mesure de l'immense Russie, un homme au regard et aux gestes foudroyants,...Donc je l'ai vu dans son bureau qui n'était pas grand, assis dans un fauteuil de bureau ni plus large, ni plus riche que le mien, où je me tiens pour  écrire ces souvenirs. Lénine s'est levé et nous a tendu la main. Du fait que la révolution d'Octobre m'a soulevé d'enthousiasme au jour de sa naissance, que je l'ai bercé dans mon coeur, vu grandir et embellir, j'en reste amoureux et c'est pourquoi je sens toujours dans ma main la poignée de main du grand Lénine vu qu'il en est le père ».

 

Un militant communiste

                Se détournant de l'anarcho-syndicalisme, il adhère au Parti Communiste en 1925 et devient  membre du Comité central et du bureau politique. Il est de nouveau emprisonné en 1927 suite aux grèves de lutte contre la guerre du Maroc. À sa libération, il se marie le 5 octobre 1927 avec Marcelle Louise Alice Legendre à Courçay en Indre-et-Loire.

En septembre 1929, membre-suppléant du Comité exécutif du Komintern (Internationale Communiste), il est inculpé de complot contre la sûreté de l'État et ne sera libéré qu'en mai 1930. En avril 1931, il est de nouveau emprisonné pour 4 mois.  En 1932, Monmousseau travaille à Moscou au secrétariat du Profintern. Le 26 avril 1936, Monmousseau est élu député de la Seine au premier tour de scrutin. Inscrit au groupe communiste, il s'occupe plus particulièrement des lois sociales. En 1939, après la dissolution de Parti communiste français, il entre dans la clandestinité. Condamné par contumace, il est déchu de son mandat de député. Son fils unique meurt en déportation à Dachau. A la Libération, en septembre 1944, Gaston Monmousseau est l'un des douze membres du bureau confédéral de la CGT.

Il n'oublie pas de revenir souvent en Touraine et ironise férocement dans son livre La Musette publié en 1951 : « Arrivé à Tours, vous traversez la rue Nationale, dont la moitié est toujours au milieu des décombres, en bonne prévision des bombardements futurs, ce qui est un hommage à rendre à nos prévoyantes élites gouvernementales ».

De 1956 à 1960, figure historique du mouvement, il devient membre du comité central de Parti Communiste. Il décède le 11 juillet 1960 à Paris dans le 19ème arrondissement.

 

Gaston Monmousseau écrivain

Monmousseau a collaboré à de nombreuses revues et journaux : Le Libertaire, Le Journal du Peuple, L'Humanité.

Il  a publié, quelques fois sous le pseudonyme de Jean Brécot, des ouvrages de combat et de souvenirs : Pour une C.G.T. unique ! Pour l'Action en masse ! Discours prononcé à la Conférence nationale du Parti Communiste à Ivry en juin 1934 (Publications révolutionnaires, 1934, 31 pages).

En 1951, Aragon écrit la préface de son ouvrage de 229 pages, «  Indre-et-Loire, Chef-lieu Tours, selon Jean Brécot », publié par les éditeurs français réunis (Archives départementales d'Indre-et-Loire, 8°1014).

 

Cl. Couverture du livre: Indre-et-Loire [ADIL, 8°1014]

 

Si les souvenirs de l'enfance de Jean Brécot en Touraine évoquent à Aragon l'amour du pays natal, ils lui rappellent aussi ses propres souvenirs, lorsqu'en juin  1941, il fut arrêté en Touraine après avoir franchi la ligne de démarcation en compagnie d'Elsa Triolet. «  Je suis venu en Indre-et-Loire avec ma femme et un ami qu'ils ont fusillé plus tard notre guide. Ici passait cette frontière dont l'ennemi avait garrotté la France par le coeur et qui me rappelait toujours le vers du vieil Agrippa d'Aubigné, au temps des guerres de religion : «  les villes du milieu sont des villes frontières ». Loches était de l'autre côté, d'où nous venions. Il  y régnait une agitation singulière dans cette fin de juin, et l'on s'étonnait de deviner à ces groupes, à ces hommes seuls, habillés pour le voyage, et chargés de sac, les touristes d'un sport dangereux et nouveau. Nous traversâmes l'Indre-et-Loire par une nuit d'étoiles. Au matin, nous avions franchi l'Indre tandis que des chiens aboyaient au  village proche et nous avons dormi chez un paysan. Il faisait grand jour quand nous  rencontrâmes la malchance... mais ce n'est pas de quoi je veux parler : je pense seulement à cette cour de ferme, avec l'appentis, où l'on nous fit casser du bois près d'un ruisseau. Comme c'était un lieu paisible ! Comme ils y étaient déplacés, ces Feldgendarmes, avec leurs chiens aux oreilles pointues ! De là, par la vallée du Cher, on nous transporta en autobus à Tours. C'est ainsi que nous traversâmes le pays de Gaston Monmousseau. Et je me souviens de l'intensité qu'avaient ce jour-là pour moi les couleurs des arbres et du ciel, dans ce pays où la mère de Gaston Monmousseau était laveuse des châtelains, et où son père travaillait la terre pour eux, bien qu'on le sût socialiste... ».

 

Cet ouvrage fut suivi d'autres publications : 

 

Cl. Couverture du livre: La Musette [ADIL, 8°2040]

 

 La musette de Jean Brécot, natif de Touraine (Paris, éditeurs français réunis, 1951, 207 pages, Archives départementales d'Indre-et-Loire, 8°2040), L'Oncle Eugène, selon Jean Brécot (Paris, EFR, 1953), La Chine selon Jean Brécot (Paris, EFR, 1956), Le Père Tomori ou l'Albanie selon Jean Brécot (Paris, EFR, 1957), La Musette de Gaston Monmousseau (Paris, éditions sociales, 1963, 214 pages), Critique et autocritique (Paris, édition Gît-le-Coeur, 1969).

 

Notice biographique rédigée par Georges-François Pottier,

Archives départementales d'Indre-et-Loire

 

 

 

 

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