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Augustin MOUCHOT,

pionnier de l'énergie solaire à Tours en 1864


 
  •                                                                      Portrait Augustin MOUCHOT

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  • Si l'énergie solaire reste encore un mythe, on ne peut que demeurer songeur devant une vieille plaque commémorative en pierre, en mauvais état et apposée sur la façade d'une maison au 4 de la rue Bernard Palissy à Tours : « A. Mouchot construisit dans cette maison de 1864 à 1866 le premier appareil pour l'utilisation de la chaleur solaire ».

 

 

Tours. Plaque. Augustin Mouchot

 

 

 

Augustin Bernard Mouchot est né le 7 avril 1825 à Semur-en Auxois (Côtes d'Or). Après une scolarité à l'école de Semur-en-Auxois, puis au collège et à la faculté de Dijon, est reçu bachelier ès-lettres le 13 août 1845. Il enseigne dans des écoles de Bourgogne. Tout en étant professeur, Augustin Mouchot reprend des études et devient bachelier ès-sciences en 1850, licencié ès-sciences mathématiques en 1852 et licencié ès-sciences physiques en 1853.

Le 15 septembre 1853, il est nommé professeur-adjoint de mathématiques pures et appliquées au lycée impérial d'Alençon.

 

                   Premières recherches

 

            À Alençon, dès 1860, Augustin Mouchot commence à s'intéresser à l'énergie solaire. Il s'appuie principalement sur les travaux du physicien Claude Pouillet (1790-1868) qui évalue l'intensité du rayonnement solaire. Il fabrique alors une « chaudière solaire » qui lui permet «  de confectionner au soleil un excellent pot au feu, formé d'un kilogramme de boeuf et d'un assortiment de légumes. Au bout de quatre heures d'insolation, le tout s'est trouvé parfaitement cuit, malgré le passage de quelques nuages sur le soleil ; et le consommé a été d'autant meilleur que l'échauffement de la marmite s'était produit avec une grande régularité » (Mouchot, La chaleur solaire, 1869).

Le 4 mars 1861, il dépose un brevet (INPI, brevet n°48622) sur l'utilisation de l'énergie solaire par le procédé dit « héliopompe » destiné à chauffer l'eau grâce au soleil. Le principe repose sur la concentration des rayons solaires au moyen d'un entonnoir tronconique grâce auquel il obtient de l'eau bouillante.

 

            Du 7 février 1862 au 22 octobre 1864, Augustin Mouchot est chargé de cours de mathématiques au lycée de Rennes.

 

                        Professeur à Tours

 

            Désireux de se rapprocher de son père âgé, il obtient sa mutation pour Tours et le 22 octobre 1864, Mouchot est nommé professeur de mathématiques au lycée impérial (dénommé lycée Descartes en 1888).Il vient alors résider 4 rue Saint-Étienne (actuel n°4 de la rue Bernard Palissy, renommée ainsi à partir de 1884).

 

 

 

 

C'est-là qu'il invente le premier moteur solaire avec un réflecteur parabolique et une chaudière cylindrique en verre alimentant une machine à vapeur. Il réussit à faire fonctionner une pompe et deux machines à vapeur en 1866 : «  Dès l'année 1866, j'avais déjà deux petites machines à vapeur fonctionnant au soleil de Tours [...]. En juin 1866, le succès a dépassé mon attente, puisque le même récepteur solaire a suffi pour entretenir le mouvement d'une seconde machine beaucoup plus grande que la première » (Mouchot, la chaleur solaire, 1869).

 

                   Un chercheur reconnu

 

 

 

         Grâce à un officier d'ordonnance de l'atelier impérial de Meudon, atelier dédié aux expériences balistiques, avec qui Mouchot est en relation, les machines construites en 1866 sont présentées à Napoléon III  au palais de St.-Cloud, puis à Biarritz. L'atelier impérial est alors mis à la disposition de Mouchot et un récepteur solaire est réalisé d'après ses instructions :

 

Mouchot reçoit une aide financière de l'Association française pour l'avancement des sciences. Exposées au public, les machines de Mouchot disparaîtront lors du siège de Paris en 1870-1871.

 

         Fin 1869, Mouchot publie un ouvrage capital La chaleur solaire et ses applications industrielles (Paris, Gauthier-Villars, VII-238 pages, illustrations) , conservé aux Archives départementales d'Indre-et-Loire.[ ADIL 8°658.] Une édition est imprimée à Tours chez l'éditeur Mazereau.

 

L'avant-propos, daté de « Tours le 2 juin 1869 » et signé : « A. Mouchot, professeur du lycée de Tours »  précise : «  cet ouvrage traite d'une nouvelle branche d'applications qui peut avoir la plus grande influence sur l'avenir de certaines contrées. Trouver un moyen pratique de recueillir et d'utiliser directement les rayons solaires au profit de l'agriculture et de l'industrie dans les régions les plus chaudes du globe ».

 

Dans cet ouvrage, Mouchot, voulant trouver une source d'énergie alternative au charbon dont il prévoit l'épuisement, rappelle ses essais antérieurs et explique qu'il veut développer l'utilisation industrielle de l'énergie solaire, car :

 

 « Si dans nos climats l'industrie peut se passer de l'emploi de la chaleur solaire, il arrivera nécessairement un jour où, faute de combustible, l'industrie sera bien forcée de revenir au travail des autres agents naturels. Que les dépôts de houille et de pétrole lui fournissent longtemps encore leur énorme puissance calorifique, nous n'en doutons pas. Mais ces dépôts s'épuiseront sans aucun doute : le bois qui, lui, se renouvelle, n'est-il pas plus rare qu'autrefois ? Pourquoi n'en serait-il pas de même un jour d'une provision de combustible où l'on puise si largement sans jamais combler les vides qui s'y forment ? On ne peut s'empêcher de conclure qu'il est prudent et sage de ne pas s'endormir à cet égard dans une sécurité trompeuse ».

 

          

 

Il songe à quitter définitivement ses obligations d'enseignant, sûr des appuis financiers du gouvernement impérial. Mais la guerre de 1870 vient perturber ses projets. La ville de Tours, bombardée le 21 décembre 1870, est occupée par les prussiens le 11 janvier 1871. Le lycée est alors affecté aux  ambulances militaires. Après la chute de l'Empire, Mouchot, toujours en poste au lycée de Tours, n'abandonne pas ses travaux sur l'énergie solaire, qu'il effectue dans la cour-même du lycée et recherche d'autres financements en se tournant vers le Conseil général d'Indre-et-Loire.

 

                        Des essais concluants

 

           

Après de nombreuses discussions entre les conseillers généraux, une subvention de 1 500 francs lui est accordée, à l'ouverture de la session du 7 octobre 1872 « le Préfet dépose sur le bureau une lettre de M. Mouchot [...] qui remercie le Conseil Général des témoignages efficaces d'encouragements qu'il lui a donnés pour ses essais d'application de la chaleur solaire ». Grâce à la subvention, il fait construire un four solaire et un générateur de 2,60 mètres de diamètre installé à Tours et fait des expériences dans le jardin de la Préfecture.

 

 

                        La consécration

 

            En 1875, le 4 octobre, devant l'Académie des sciences à Paris, Mouchot expose ses travaux sous le titre « Résultats obtenus dans les essais d'applications industrielles de la chaleur solaire » : « il me suffira, pour en donner une idée, de décrire le grand générateur qu'une subvention de Conseil général d'Indre-et-Loire m'a permis d'installer à Tours, depuis trois ans. Le miroir a la forme d'un tronc de cône à bases parallèles [...] Cet appareil n'a fonctionné, je le répète, qu'au soleil de Tours. Voici quelques-uns des résultats précis qu'il a fournis à diverses époques : le 8 mai, par un beau temps ordinaire, 20 litres d'eau à 20 degrés [...].

 Le 22 juillet, vers 1 heure de l'après-midi, par une chaleur exceptionnelle, l'appareil a vaporisé 5 litres d'eau par heure, ce qui correspond à un débit de vapeur de 140 litres par minute [...]. Enfin il m'a suffi de faire arriver la vapeur de l'appareil dans un fourneau surmonté d'un alambic, pour distiller 5 litres de vin en un quart d'heure. »

 Le texte est inséré dans le bulletin de la Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres d'Indre-et-Loire (tome LIV, 1875, pages 264-265.) dont Mouchot est membre titulaire de 1869 à 1876.

 

        

Au mois d'août 1876, lors de la cérémonie de distribution des prix du lycée Descartes de Tours, Pellet, professeur de mathématiques spéciales, rend hommage à Augustin Mouchot : « vous ne serez pas étonnés qu'un professeur de sciences vous parle de cette invention qui, cette année, a illustré notre lycée. Elle est l'oeuvre d'un homme d'études, de cabinet mais elle a un but éminemment utile ».

 

 

            En 1876, sa renommée est grande, les distinctions se succèdent. Il fait enregistrer des brevets, publie un ouvrage de mathématiques, La réforme cartésienne étendue aux diverses branches des mathématiques pures, (Gauthier-Villars, Paris, 1876, VII-179 p.) et en décembre 1876, présente les résultats de ses travaux devant la Société d'encouragement pour l'industrie nationale.

Les journaux et revues relatent ses essais relatifs à l'emploi de la chaleur solaire. Ainsi, en 1876, la Revue des Deux Mondes du 1er mai publie un article élogieux  « l'emploi industriel de la chaleur solaire ». De même que la revue La Nature, revue des sciences et de leurs applications aux arts et à l'industrie. En 1877, le bulletin des séances de la Société nationale et centrale d'agriculture de France donne un compte rendu intitulé « sur un solaire de Mouchot ».

 

                        Une mission en Algérie

 

            À la rentrée scolaire de 1876, Augustin Mouchot obtient un congé de son poste d'enseignant pour se consacrer entièrement à ses recherches. Grâce à l'appui du baron de Watteville, directeur des Sciences et des Lettres au ministère de l'Instruction publique, Mouchot reçoit, début 1877, une subvention de 10 000 francs du gouvernement pour une mission en Algérie. À son arrivé en mars 1877, Augustin Mouchot se lance dans de multiples expériences et démonstrations publiques, teste de nombreuses versions de ses appareils. Enthousiasmé, le conseil général d'Alger lui octroie une subvention supplémentaire de 5000 francs pour construire de nouvelles machines. Le 10 septembre 1877, Mouchot envoie un rapport à Paris sur ses activités en Algérie. Le 12 mars 1878, Mouchot prononce une conférence au cercle militaire d'Alger sur l'utilisation de l'énergie solaire à des fins militaires.

 

                        L'exposition universelle de Paris

 

         Mouchot conçoit, avec l'aide d'Abel Pifre (1852-1928), un jeune ingénieur de l'École centrale devenu son associé, un « grand appareil de 20 mètres carrés », directement issu de ses recherches algériennes. C'est le plus grand récepteur solaire jamais réalisé. La vapeur produite actionne, sous une pression constante d'environ 3 atmosphères, une pompe qui élève de 1 500 à 2 000 litres d'eau par heure à une hauteur de deux mètres. En septembre 1878, l'appareil est présenté pendant l'exposition universelle de 1878 de Paris au Trocadéro dans le pavillon algérien. La presse rend compte avec enthousiasme de cette machine, comme L'Univers illustré n°1229 du 12 octobre 1878.  Abel Pifre donne une conférence « sur l'utilisation directe et industrielle de la chaleur solaire » au palais du Trocadéro, le 28 août 1878. Le public est impressionné et émerveillé.

 

 

 

Réflecteur solaire

 

Le jury de l'exposition universelle lui décerne une médaille d'or. Le ministère de l'Agriculture et du Commerce nomme Mouchot, « inventeur du système d'utilisation de la chaleur solaire comme force motrice », chevalier de la Légion d'honneur le 20 octobre 1878. C'est le général Bardin, commandant la division d'Alger qui lui remet la Légion d'honneur, Mouchot résidant alors près d'Alger.

 

         Même si les appareils de Mouchot continuent de passionner scientifiques et grand public, Mouchot, auréolé de son succès, ne reçoit pourtant plus, à son retour en Algérie, qu'un soutien amoindri du gouvernement qui ne lui accorde que 5000 francs. En effet, la démarche de Mouchot était de tenter de pourvoir une énergie de substitution ou plutôt de complément à une production de charbon alors insuffisante pour les besoins de l'industrie. Mais la découverte de nouveaux gisements de charbon dans l'Est de la France et l'amélioration du réseau ferré qui facilite l'approvisionnement du charbon conduisent le gouvernement à estimer que l'énergie solaire n'est pas rentable et à cesser de financer les recherches de Mouchot. De même, après l'exposition universelle de 1878, les moteurs à explosion et l'utilisation massive du pétrole vont changer radicalement les données industrielles.

 

La mission de Mouchot n'est pas poursuivie et il rentre en France en 1880. Sans fortune, il est obligé de demander sa réintégration dans l'enseignement. Ayant contracté en Algérie une grave ophtalmie et des accès de fièvre qui ont amené chez lui une surdité prononcée, Mouchot est admis à faire valoir ses droits à la retraite à partir du 1er juin 1880.

 

                        Une terne fin de vie

 

         Pour les fêtes du tricentenaire de René Descartes à Tours, en décembre 1896, Mouchot en est nommé membre du Comité d'honneur. Le 23 décembre, le président de la Société Archéologique de Touraine lui rend hommage : «  aussi modeste que passionné par la science cultivée pour elle-même, M. Mouchot travaille dans une solitude qui rappelle bien l'ermitage de Descartes. Son ouvrage de mathématiques, d'une haute portée, est la continuation de l'oeuvre de celui que nous fêtons. Aussi suis-je heureux d'associer en ce jour, dans une même pensée, le maître du XVIIe et le disciple du XIXe siècle ».

 

         Augustin Mouchot, vivant dans une grande pauvreté, physiquement fatigué, reçoit en 1907 une pension de l'Académie des Sciences, sollicitée par un de ses membres. Séparé de sa femme, quasiment aveugle, il décède dans la misère et dans l'anonymat à Paris le 4 octobre 1912. Ses obsèques se déroulent le 7 octobre en l'église Saint-Lambert de Vaugirard et il est inhumé au cimetière de Bagneux.

Moins d'un an après sa mort, la ville de Tours donne son nom à une rue du quartier Beaujardin par délibération du 23 juin 1913.

 

         Le pétrole et le moteur à explosion ont anéanti les travaux de Mouchot qui sont presque tombés dans les oubliettes de l'histoire. Toutefois, précurseur de l'énergie solaire, Augustin Mouchot a eu une clairvoyance subtile et audacieuse quant au devenir des énergies dont l'humanité dispose.

 

 

Recherches et rédaction

 Georges-François Pottier,

Archives départementales d'Indre-et-Loire.

 

Pour connaitre

de nombreux éléments inédits de la vie d'Augustin Mouchot et comment notamment, il inspira l'un des personnages d'une oeuvre d'Emile ZOLA, 

lire l'intégralité de l'article, en cliquant, en haut, à droite, sur l'onglet rouge Augustin Mouchot, rubrique A consulter

 

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