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notions de paléographie
Le mot « paléographie » apparaît en 1708 dans un ouvrage intitulé Paleographia graeca.
Son étymologie vient du grec paleos / ancien, graphein / écrire. C'est donc la « science » qui  a pour objet les écritures anciennes.

Depuis le XVIIe siècle, l'intérêt des historiens s'est porté sur les sources écrites et notamment archivistiques. Il a donc fallu réfléchir et théoriser un art de déchiffrer les écritures, en développant un ensemble de connaissances et de méthodologies de lecture.
La paléographie diffère théoriquement de la diplomatique qui a pour objet la connaissance raisonnée des règles de mise en forme des actes, leur compréhension et leur critique externe et interne. Mais dans les faits et la pratique, elles sont indissociables pour le chercheur. Elles appartiennent à ce que l'on qualifie de sciences «auxiliaires» de l'histoire, sorte de boîte à outils à la disposition des historiens de tous niveaux. La manie de la classification du XIXe siècle range sous ce qualificatif la sigillographie (étude des sceaux), l'héraldique (étude des armoiries), la numismatique (étude des monnaies) ou encore l'épigraphie (étude des inscriptions).

Le qualificatif d'auxiliaire ne signifie pas pour autant « subalterne ». Il s'agit de permettre à un homme du XXIe siècle d'utiliser un ensemble de techniques et de méthodes pour parvenir à lire un texte vieux de plusieurs siècles.

A chaque époque la question s'est posée et des réponses plus ou moins pertinentes ont été apportées. On retrouve parfois au dos des actes les vestiges de ces lectures successives.

 

Dans la marge d'un registre paroissial de Mettray contenant des baptêmes de 1540-1602, un prêtre du XVIIIe s., annotant les registres en ajoutant les noms des paroissiens, indique qu'il n'a pu déchiffrer l'écriture de son lointain prédécesseur en écrivant "Je n'ai pu lire."

Ce type de mention n'est pas rare dans les marges des registres de cette époque.

 

Registre de baptêmes de Mettray, décembre 1575 1
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D'un point de vue historique, la paléographie « moderne » naît de la volonté de disposer de textes anciens de bonne qualité et d'une controverse érudite sur la « sincérité » de certains actes des rois mérovingiens...

Si l'on doit retenir une date de naissance de cette discipline, il faut mentionner la parution en 1681 d'un ouvrage réalisé par un bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, dom Mabillon, intitulé De re diplomatica, « La diplomatique ». La paléographie se résume à des planches d'écriture comparées et classées en fonction de leur « provenance »...

Cette tendance à ranger les types d'écriture comme les insectes ou les plantes se développe au cours du XVIIIe siècle. C'est même la tendance « botaniste » qui domine de la discipline : l'écriture est étiquetée selon sa classe, son genre et son espèce...

Seuls quelques ouvrages comme la Diplomatique pratique, oeuvre de Lemoine, archiviste à Tours, parue en 1772, donnent quelques conseils de méthode pour mieux lire et proposent des spécimens transcrits.

La tendance évolue lentement et il faut attendre la création de l'Ecole nationale des chartes en 1821, destinée à former des "bénédictins civils", pour que l'étude de l'écriture soit mieux abordée.

Ce qui importe aujourd'hui, c'est la façon de tracer la lettre, le mouvement de la main pour écrire une ligne puis une page, ce que l'on appelle le « ductus ». Vous trouverez dans la bibliographie mise en ligne sur le site de l'Ecole des chartes de très nombreuses références récentes qui illustrent la tendance actuelle de la paléographie, qui se spécialise selon les époques. Son étude va de pair avec celle des fonds d'archives ou des ensembles documentaires d'où sont tirés les textes à lire.

C'est une clé de la recherche qui permet de rentrer en contact direct avec le support écrit. La paléographie reste une technique de lecture mais c'est aussi une technique visuelle de reconnaissance d'une forme, d'un tracé, bref une approche concrète de l'histoire et du matériau historique.

Prieuré de Nouzilly, transcriptions du XVIIIe s. [H489]
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Au fil des siècles, les documents originaux conservés dans les chartriers se sont enrichis de copies, dont une partie est due aux feudistes et aux archivistes qui mirent en ordre les fonds dont ils avaient la charge.
Ces lectures successives offrent autant de strates de déchiffrement, souvent d'excellente qualité, à l'image de cette liasse appartenant aux archives du prieuré de Nouzilly (fonds de l'abbaye de St-Julien) : en 1777, l'archiviste a coté et analysé chaque pièce et en a intégralement retranscrit plusieurs, ce qui démontre son habitude du déchiffrement.
L'intitulé du cahier contenant les copies indique "Descriptio quarumdam tabularum quarum difficilis visa fuit lectio. 30 mar[tis] 1777" (Transcription de certaines pièces dont la lecture nous a paru difficile. 30 mars 1777), c'est-à-dire que ces copies "lisibles" ont pour fonction de faciliter l'usage "primaire" des documents (ils constituent les preuves des droits et privilèges de l'abbaye) pour les personnes qui auront besoin de s'y reporter mais auront des difficultés pour les déchiffrer.

Cette technique comporte un aspect pratique très réel. Selon l'état de conservation du support, sa qualité, sa dimension, la méthode de lecture ne sera pas la même. C'est aussi le révélateur a posteriori de la pratique de l'écrit, qui varie selon la période mais aussi l'habitude du scripteur, son âge, ses outils, etc.

Pour le paléographe, il faut éviter la hâte, la nervosité, le découragement devant la première difficulté. C'est un travail de connaissance des modes de rédaction selon les actes, mais aussi de reconnaissance graphique à l'échelle de la page pour repérer ce que l'on lit et avancer ainsi en comblant les « trous » de sa propre lecture.

 

 


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