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Du château de la Porcherie au domaine de Choisille :
L'histoire d'un château à travers les siècles

  • Les Archives départementales d'Indre-et-Loire viennent d'acquérir 6 dessins exécutés par Edouard Hostein (1804-1889) représentant le domaine du château de la Porcherie, actuellement désigné sous le nom de domaine de Choisille et situé à Chanceaux-sur-Choisille.

 

Parc du château de la Porcherie. Dessin d Edouard Hostein [63 Fi 1]

Parc du château de la Porcherie. Dessin d'Edouard Hostein [63 Fi 1]

L'histoire du château de la Porcherie

Le château de la Porcherie a pour premier propriétaire "connu", en 1559, Marie Brosset, veuve de Denis Riant, seigneur de Villery, et femme en secondes noces de Jean Sapin, receveur général des finances du Languedoc.

En 1700, le domaine appartient à Jacques Julien Royer, trésorier de France à Tours. Le 21 avril 1766, Louise Royer, veuve de Pierre de Cop, écuyer, conseiller du Roi,  trésorier de France à Tours, et son fils Louis de Cop, aussi trésorier de France à Tours le vendent à Michel Pierre Martel, commissaire de la marine à Québec demeurant ordinairement à La Rochelle.

Au 19e siècle, par un acte notarié du 12 août 1818 (ADIL, 3E2/640), François Pillet, officier au corps royal, vend le domaine à Pierre Georges Houssard et à son épouse Marguerite Honoré Amable Nau. Georges Houssard est également régisseur du château de Baudry à Cerelles, et maire de cette commune de 1806 à 1849.

Son fils Georges Eugène Houssard reçoit le domaine de La Porcherie comme dot à son mariage. Il occupe les fonctions de député au Corps législatif de 1868 à 1870 et de sénateur de 1876 à 1879. Avocat de profession, il est conseiller général du canton de Neuillé-Pont-Pierre de 1852 à 1885, maire de Chanceaux et de Sonzay, et président de la Société d'agriculture.

Le 26 mai 1857, par un acte passé devant maître Robin, notaire à Tours (ADIL, 3E1/1190), Georges Eugène Houssard et son épouse vendent le domaine de La Porcherie à Auguste Adolphe Cottin, propriétaire, demeurant à Paris place de La Madeleine, et à son épouse Emilie Hostein. Celle-ci est la fille du peintre Edouard Hostein, à qui elle a dû demander de réaliser des dessins de sa propriété.

Les dessins d'Edouard Hostein
Edouard Hostein est né le 30 septembre 1804 à Pléhédel (Côtes-d'Armor). On connaît peu de choses de sa biographie. Autodidacte, il a beaucoup voyagé en Italie pour se former. En 1840, il présente un tableau au Salon de peinture et de sculpture, qui avait lieu chaque année depuis le 18e siècle au salon carré du Louvre. Voici la critique qui en fut faite :

" M. Hostein est un de ces artistes laborieux et pleins de volonté, qui aiment l'art pour lui-même, et pardessus toutes choses. Il cherche à prendre la nature sur le fait, et la reproduit avec intelligence. M. Hostein s'en était d'abord modestement tenu à la lithographie, où il réussit; voulant peindre, il réussit encore; c'est affaire à lui. Déjà, en 1838, nous avions remarqué son Entrée de la forêt de Saverne. Depuis, le peintre est en voie de progrès, et nous nous ressentons avantageusement de son voyage en Italie. Parmi les tableaux qu'il expose au Salon de cette année, on distingue, en premier lieu, l'Abreuvoir d'animaux près de la Cervara, dans les États romains... Tout cela ne manque pas de vérité, de couleur, d'aspect. Toutefois, on s'aperçoit que M. Hostein n'est pas encore familiarisé avec la peinture de style. Ses progrès continuels doivent le disposer beaucoup aux études sérieuses ".

Ce n'est pas pour concourir pour un prix au Salon qu'Edouard Hostein a représenté le château de la Porcherie. Conçus dans un cadre familial, ces dessins nous montrent les dépendances et le parc du château tels qu'ils devaient se présenter au milieu du 19e siècle. La technique utilisée est celle du lavis brun rehaussé à la gouache blanche.

Chapelle du château de la Porcherie. Dessin d Edouard Hostein [63 Fi 5]

Chapelle du château de la Porcherie. Dessin d'Edouard Hostein [63 Fi 5]

Le château, construit au 16e siècle et modifié au 18e siècle, est entouré de douves dont la fonction stratégique a depuis longtemps laissé la place à un but plus pacifique : la promenade en barque. On distingue à gauche la chapelle du château, avec son pignon orné de motifs sculptés de style gothique flamboyant.

La cabane dans le bois au château de la Porcherie. Dessin d Edouard Hostein [63 Fi 6]

La cabane dans le bois au château de la Porcherie. Dessin d'Edouard Hostein [63 Fi 6]

Au 18e siècle, les jardins furent ornés de petites cabanes d'agrément. Celle-ci, construite en bois, n'existe plus, mais certains éléments subsistent encore sur le sol. On distingue à l'arrière-plan, l'extrémité nord-est de l'habitation principale, ornée d'un balcon qui surplombe les douves et la tour pigeonnier, située en face de la façade principale.

Parmi les dessins acquis par les Archives départementales d'Indre-et-Loire ne figure malheureusement pas de représentation du château, qu'Edouard Hostein a pourtant forcément dû dessiner.

Cascade dans le parc de la Porcherie. Dessin d Edouard Hostein [63 Fi 2]

Cascade dans le parc de la Porcherie. Dessin d'Edouard Hostein [63 Fi 2]

L'ornementation des jardins va jusqu'à recréer de manière artificielle la nature, en établissant des rochers, d'où jaillit une cascade, comme le souligne cette représentation de la cascade du château de la Porcherie.

Basse-cour du chateau de la Porcherie. Dessin d Edouard Hostein [63 Fi 3]

Basse-cour du château de la Porcherie. Dessin d'Edouard Hostein [63 Fi 3]

La basse-cour du château comporte à gauche une grange construite vraisemblablement au 18e siècle et qui figure sur le plan cadastral de 1814, et au centre de nouveaux bâtiments d'exploitation construits au milieu du 19e siècle, avec une ornementation en briques apparentes qui encadrent les ouvertures et soulignent la partie centrale.

Dépendances du château de la Porcherie. Dessin d Edouard Hostein [63 Fi 4]

Dépendances du château de la Porcherie. Dessin d'Edouard Hostein [63 Fi 4]

Les dépendances du château, depuis leur représentation sur ce dessin, ont été modifiées au niveau de la toiture.

 

Le 13 avril 1864, par un acte passé chez maître Masson à Tours (ADIL, 3E6/728), Auguste Adolphe Cottin et son épouse Emilie Hostein vendent le domaine à Félix Marie Vincent Blainville Choppy, demeurant à Paris, rue de l'Arcade, puis à Saint-Pierre, île de La Réunion.

La propriété est décrite de la manière suivante dans l'acte de vente : "le château, entouré d'eau de trois côtés et orné de deux tourelles, cours, logement de closier, de jardiniers et de domestiques, serres, grange, hangar, vacherie, laiterie, salle de bain, grand cellier, écurie, remise, pressoir mécanique et ses ustensiles, jardin d'agrément et potager, parc, bois, allées, promenades, terres et vignes".


Le 1er septembre 1882, devant maître Bodard, notaire à Channay, Félix Blainville Choppy vend le domaine à Ernest Sotteau, marchand de biens à Château-du-Loir, qui le revend en 1886 à Joseph Dutfoy, qui à son tour le revend en 1897 à Pierre Tostain.

Une locataire célèbre au début du 20e siècle

En 1917, c'est une comédienne parisienne, Eve Lavallière, qui réside au domaine de La Porcherie. Pierre Tostain étant décédé en 1916, c'est l'abbé Auguste-Désiré Chasteigner, curé de Chanceaux, qui est administrateur des biens des deux fillettes orphelines, Renée et Jeanne Tostain.

Eve Lavallière, de son vrai nom Eugénie Marie Pascaline Fénoglio, est née à Toulon le 1er avril 1866. Après une enfance très difficile auprès d'un père violent, qui tue son épouse avant de se donner la mort, elle débute sa vie professionnelle en 1889 à Paris comme actrice, et se fait connaître petit à petit sur scène dans le milieu du music-hall et du théâtre parisien. Elle figure dans toutes les grandes réalisations des années 1900 et connaît, en 1908 sans doute, l'apogée de sa gloire. Tous les directeurs de théâtre et les auteurs se l'arrachent, les princes et les rois viennent de loin pour l'applaudir. Elle est alors la reine des Variétés.

Eve Lavallière

Eve Lavallière. Dessin de Daniel de Losques, extrait de l'ouvrage
de Roland Engerand. Trois édifiantes pêcheresses. Edition Arrault. Tours. 1946.

A la déclaration de guerre en 1914, ses amours avec un diplomate chef du contre-espionnage allemand à Stockholm risquent de lui attirer des ennuis. En mai 1917, elle s'éloigne de Paris et se dirige vers la Touraine. Accompagnée de son amie Léona, elle s'installe à l'Hôtel de l'Univers, à Tours.

Après trois jours de recherches, le 26 mai 1917, l'agence de location Destréguil lui présente le domaine de la Porcherie, qui plaît immédiatement à l'artiste. Elle s'y installe et rencontre régulièrement l'abbé Chasteigner, qui l'accompagne dans sa recherche spirituelle.

En août 1917, elle quitte le château pour se rendre chez sa fille, Jeanne Louveau, qui habite le château de Saint-Balesmont, près de Vittel dans les Vosges, reçu en héritage de son père Fernand Samuel. Elle continue à correspondre avec l'abbé Chasteigner pour l'entretenir de sa volonté de terminer ses jours dans un couvent. Après le refus de plusieurs communautés religieuses, elle s'installe à Thuillières dans les Vosges et, le 19 septembre 1920, elle est affiliée au tiers-ordre franciscain sous le nom de Soeur Eve Marie du Coeur de Jésus. Cet ordre est réservé aux laïcs désireux de vivre selon l'Evangile ; ils s'engagent à oeuvrer selon les préceptes de saint François d'Assise et portent sous leurs habits une corde et un scapulaire brun rappelant l'habit franciscain.

En septembre 1927, physiquement très affaiblie, elle écrit une ultime missive à l'abbé Chasteigner : "Mon très cher Parrain, je suis et serai toujours très gravement atteinte, à moins d'un miracle, mais je ne le demande pas, car je sais le prix de la souffrance acceptée... Nous ne vous oublions pas. Chaque jour, je prononce votre nom avec reconnaissance à Celui qui fait toutes choses. Tout mon être et toute ma volonté sont tendus vers cet unique but : aimer, aimer ce Dieu qui m'aime tant malgré toutes mes misères passées et présentes. Priez bien pour nous mon cher Parrain. Votre éternellement reconnaissante et respectueuse filleule, Eve Lavallière. Léona se joint à moi ".

Elle décède à Thuillières le 10 juillet 1929, à 63 ans.

Les propriétaires qui se succèdent ensuite au château de la Porcherie ont une vie moins romanesque. De 1920 à 1927, le domaine est la propriété d'Adolphe Méric, industriel parisien, auquel succède la famille Dalaise de 1927 à 1933.
Des éléphants et des tigres : hôtes du château dans la seconde moitié du 20e siècle

 

Eléphants du cirque Pinder à Chanceaux-sur-Choisille, février 1969 [Cliché Arsicaud, 5Fi 40941]

Eléphants du cirque Pinder à Chanceaux-sur-Choisille, février 1969 [Cliché Arsicaud, 5Fi 40941]

En 1933, Charles Spiessert (1896-1971), issu d'une famille de forains, qui en 1928 a fait l'acquisition du cirque Pinder, achète la propriété de la Porcherie. Il y construit progressivement six grands hangars pour y remiser pendant l'hiver le matériel, les véhicules du cirque et les animaux. Ce grand domaine possède des serres, des terres cultivables, des pièces d' eau, des écuries, des jardins potagers, une porcherie, des poulaillers, bref, tout le nécessaire pour l'entretien et le fonctionnement du cirque. C'est donc l'endroit idéal pour le quartier d'hiver du cirque Pinder.

Les camions du cirque Pinder entreposés à Chanceaux-sur-Choisille, février 1969 [Cliché Arsicaud, 5Fi 40939]

Les camions entreposés dans les hangars, février 1969 [Cliché Arsicaud, 5Fi 40941]

 

Pause hivernale du cirque Pinder à Chanceaux-sur-Choisille, février 1969 [Cliché Arsicaud, 5Fi 40936]

Réfection du matériel de promotion, février 1969 [Cliché Arsicaud, 5Fi 40941]

 

Répétition avec les éléphants pendant la pause hivernale du cirque Pinder à Chanceaux-sur-Choisille, février 1969 [Cliché Arsicaud, 5Fi 40942]

Répétition avec les éléphants, février 1969 [Cliché Arsicaud, 5Fi 40941]

 

Recherches historiques sur le château de la Porcherie : Anne Debal-Morche et Stéphanie Guillaume-Chapelet (Archives départementales d'Indre-et-Loire).

Biographie d'Eve Lavallière rédigée d'après l'ouvrage de Jean-Paul Claudel, Eve Lavallière, orpheline de la terre, Editions Gérard Louis, 2007. 

 

 


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