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Au début du 20e siècle, dans une commune d'Indre-et-Loire,

 c'est une femme qui est garde champêtre

 

Le 12 décembre 1937, La Dépêche, journal d'Indre-et-Loire, qui précéda La Nouvelle République, consacre un article à une femme qui exerça les fonctions de garde champêtre pendant 20 ans.

Une femme garde champêtre

Article extrait de La Dépêche, journal paraissant en Indre-et-Loire.

12 décembre 1937

Archives départementales d'Indre-et-Loire

 

C'est à Saint-Benoit-la-Forêt, commune située à 10km au nord-est de Chinon, que le journaliste a rencontré Mme Rousseau, garde champêtre.

Voici en quels termes il décrit sa rencontre :

" Saint-Benoit est sûrement la seule commune de France qui s'honore d'avoir poussé si loin les conquêtes du féminisme. Et ce n'est pas d'hier. L'accorte dame de 81 ans, que nous avons rencontrée, et qui a cédé sa place il y a quelques mois seulement à une autre garde champêtre en jupons, nous rappelle avec orgueil l'importance de ses fonctions qui l'ont classée pendant longtemps parmi les autorités respectées du pays.
Son mari, M. Rousseau, fut pendant quarante ans garde champêtre, mais suite à la maladie qui le clouait au lit, pendant la guerre de 1914-1918, il ne put continuer ses fonctions.
Comme le dit sa femme : " Quand le père Rousseau s'est arrêté, on s'est passé le tambour ! "
La mère Rousseau a lors ceint le baudrier et commencé la lecture de ses "avis" le dimanche matin à la sortie de la grand'messe.
C'était la guerre, la garde champêtre voyait ses fonctions embrouillées par l'innovation des "cartes". Cartes de pain, de sucre, de charbon, qu'elle devait délivrer à ses concitoyennes.
En 1918, le mari mourut. La mère Rousseau conserva ses fonctions. Chaque jour, c'était la visite au maire de la commune, puis sa "tournée". Remise de pièces, signatures à obtenir puis l'affichage aux 4 points de la commune.

Aussi quand en 1937, elle résolut de rendre son tambour, le Conseil municipal envisagea les choses avec sérieux et prit la résolution de ne pas changer le sexe de son garde champêtre. Une brave ménagère et mère de famille : Mme Guilbault , femme d'un piqueur de chasse à courre, prit la succession. La mère Rousseau ne pouvait pas tout laisser. Malgré ses 81 ans, elle conserve l'affichage et on peut la voir aux 4 coins de la commune.

Ce sont tous les carrefours de cette petite commune de Touraine où le souci du bien public a recherché l'aide d'une femme pour conserver le prestige de l'autorité.
Nos féministes n'en rêvaient pas tant ! "

 

Les remplaçantes pendant la guerre de 1914-1918

Couverture d'une revue La Baïonnette, éditée pendant la guerre de 1914-1918

 Numéro spécial "Les remplaçantes", montrant les femmes remplaçant le facteur ou l'agent de police.

 

Garde champêtre, une fonction de police réservée habituellement aux hommes

C'est en 1791 qu'avait été instituée la fonction de garde champêtre pour surveiller les propriétés et veiller à la conservation des récoltes.

Ces missions furent complétés par plusieurs lois au 19e siècle, définissant lle rôle du garde champêtre du 19e siècle à la première moitié du 20e siècle.
Nommé par le maire, agréé par le préfet, le garde champêtre, avant son entrée en fonction, prête serment devant le tribunal, jurant de veiller à la conservation de toutes les propriétés publiques qui lui sont confiés.
Il n'a pas d'uniforme particulier mais porte sur le bras une plaque de métal ou d'étoffe portant l'inscription "LA LOI", le nom de la commune et le nom du garde.
Il a le droit de porter les armes, dont le port est permis aux simples particuliers.

 

Un garde champêtre en tenue avec armes et insigne

Un garde champêtre en tenue avec arme et insigne.  Sainte-Maure-de-Touraine

Carte postale.  Archives départementales d'Indre-et-Loire (10 Fi 226/97)

 

Le garde champêtre a deux principales attributions :
- rechercher dans le territoire pour lequel il a été assermenté les délits et les contraventions de police qui auront porté atteinte aux propriétés rurales et forestières ;
- ronstater par procès-verbaux les contraventions aux règlements et arrêtés de police municipale.

Selon les époques, la liste des délits s'est modifiée :
- Fraude et colportage du tabac et cartes à jouer (1816)
- Fabrication clandestine du sel (1817)
- Emploi de poids et mesures irréguliers (1852)
- Dégradations et empiétements sur les chemins vicinaux (1870)
- Fabrication frauduleuse des allumettes chimiques (1875)
- Délits contre les distributions d'énergie électrique et les installations télégraphiques (1906)
- Infractions à la loi sur l'ivresse publique (1917)

Le garde champêtre constate les délits par des procès-verbaux, rédigés selon des règles précises. Lorsqu'autrefois, le garde champêtre n'était pas un expert de la rédaction, il pouvait se faire aider par le juge de paix ou le maire.

Ce sont surtout les archives communales qui conservent le témoignage de l'activité des gardes champêtres (Nomination, prestation de serment, salaires) dans la mesure où ils faisaient partie du personnel communal.

 

 

Nomination de garde champetre

Nomination de garde champêtre à Saint-Antoine-du-Rocher, 26 avril 1919

Archives communales de Saint-Antoine du Rocher (EDEP 206/K3)

 

Garde champêtre, garde forestier, garde-messier...
La fonction de surveillance était exercée par plusieurs spécialités.

Les propriétaires pouvaient avoir des gardes champêtres particuliers chargés de veiller sur leurs propriétés, qui étaient agréés par le sous-préfet et pouvaient dresser des procès-verbaux, mais uniquement sur les délits concernant les propriétés.

Les gardes forestiers des bois appartenant aux communes étaient directement placés sous l'autorité du préfet et de l'administration forestière. Ils étaient souvent choisis parmi les anciens militaires.

Des gardes-vente étaient même chargés de surveiller les coupes de bois.

Les gardes-messiers et les gardes-vignes, étaient recrutés par les communes pour la surveillance des moissons et des vendanges.

Les gardes-rivières étaient chargés de la surveillance et la distribution des eaux auxquelles ont droit les propriétaires riverains d'un cours d'eau (notamment lors de l'établissement de moulins).

Les gardes-pêches étaient assimilés aux gardes forestiers nationaux, ils étaient autorisés à saisir les filets et autres instruments de pêche interdits ainsi que le poisson pêché en délit, qui était vendu à son de trompe et aux enchères publiques.

 

Garde champêtre, une profession qui existe toujours actuellement

Actuellement, le garde champêtre est intégré dans le corps des agents de police municipale, mais l'appellation de garde champêtre  est toujours utilisée puisqu'un décret de 2007 a modifié le " statut particulier du cadre d'emploi des gardes champêtres ". Les gardes champêtres assurent les missions qui leur sont spécialement confiées par les lois et les règlements en matière de police rurale. Notamment, ils constatent par procès verbaux les atteintes aux propriétés forestières et rurales (abattages d'arbre, bris de clôture, incendies volontaires, empoisonnement d'animaux).

Le recrutement se fait sur concours et si au 19e siècle, il suffisait de fournir un certificat de bonnes moeurs pour accéder à la fonction de garde champêtre, des épreuves physiques de course à pied et de natation figurent maintenant au concours.
Une épreuve, dont n'avait pas besoin Mme Bourreau, à St-Benoît-la-Forêt, puisqu'en 1937, à 81 ans, elle tint à garder les fonctions d'affichage des avis officiels sur le territoire de la commune.

 

Un garde champêtre avec son tambour à Chateau-Renault

Un garde champêtre avec son tambour à Château-Renault

Carte postale. Archives départementales d'Indre-et-Loire (10 Fi 63/53)

 

 


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